Voici l’allocution lue à tour de rôle par toutes les organisations appelantes à la manifestation, allocution très écoutée et applaudie.
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« Monsieur le Président de la République,
Le 31 décembre 2022, vous demandiez dans vos vœux : « qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires ? ». La Gironde avait brûlé quatre mois plus tôt. Cette année 2026, elle vient de brûler encore, plus fort qu’à aucun moment depuis cinquante ans, et la fumée est montée jusqu’aux villages du Cher.
Qui aurait pu prédire que 5 764 personnes mourraient de la canicule en quinze jours, sans que rien ne s’arrête ?
Qui aurait pu prédire que celles et ceux qui mourraient d’abord seraient les habitantes et les habitants des quartiers populaires, les familles précaires dans des logements sans isolation, les personnes âgées ou en situation de handicap restées seules, celles et ceux qui travaillent dehors et celles et ceux qui dorment dans la rue ?
Qui aurait pu prédire que les paysannes et les paysans perdraient entre 20 % et plus de la moitié de leurs récoltes, voire la totalité selon les productions ?
Qui aurait pu prédire que des millions d’animaux d’élevage mourraient de chaud en quelques jours, les poules d’abord, entassées sous des toits de tôle, et qu’il faudrait rouvrir les fosses d’enfouissement de 2003 ?
Qui aurait pu prédire que d’innombrables mammifères, oiseaux et insectes brûleraient vifs dans les incendies, sans qu’aucun décompte ne soit seulement tenté ?
Qui aurait pu prédire que les coupes dans les services publics laisseraient les enfants dans des écoles surchauffées, les pompiers sans moyens et les hôpitaux à découvert au moment précis où nous en avions le plus besoin ?
Qui aurait pu prédire que TotalEnergies encaisserait 5,4 milliards de dollars en un seul trimestre, 102 % de plus qu’il y a un an, sur la flambée du baril provoquée par les guerres pour l’accès aux ressources énergétiques et minières ?
En fait personne ne pouvait l’ignorer, parce que tout était écrit.
- Les compagnies pétrolières, elles, savaient dès 1971. Elles ont préféré payer pour qu’on en doute.
- Le GIEC (Groupe d’expertes et d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) avait prédit, depuis 1990.
- À de nombreuses reprises, par voie de presse, de pétitions et même de manifestations, des milliers de scientifiques du monde entier ont tenté d’alerter les dirigeant·es politiques. Ils et elles ont été ignoré·es.
Depuis que vous avez été élu, nous nous sommes mobilisé·es par centaines de milliers dans les grèves, marches et pétitions pour le climat.
Sur les ronds-points, quand la question du prix du carburant a rendu évident que la fin du mois et la fin du monde sont le même combat, et que la nécessaire bifurcation écologique ne peut se faire au détriment des travailleurs et des travailleuses pauvres de notre pays.
Aux côtés des exilé·es et déplacé·es, notamment à cause des dérèglements climatiques et des guerres économiques et militaires menées dans leur pays d’origine.
Contre les méga-bassines, pour que l’eau reste un commun et non le privilège de quelques exploitations. À plus de deux millions de signatures contre le retour d’un insecticide interdit, parce que l’air, les sols, les rivières et celles et ceux qui les travaillent ne sont pas une variable d’ajustement.
Vous ne nous avez pas écouté·es. Vous avez dit que nous exagérions, puis que nous étions des radicaux, puis des écoterroristes. Pendant ce temps, vous avez ramené le Fonds vert de 2,5 milliards d’euros à 837 millions, quand il permet aux communes de se protéger. Vous avez ajouté 6,7 milliards au seul budget des armées en une année. Et toute notre sécurité civile tient sous le milliard, avec douze avions bombardiers d’eau.
Face à cette urgence, le gouvernement continue de céder aux pressions de certains dirigeants syndicaux et distribue des enveloppes pour subventionner l’achat de GNR ou d’engrais azotés. Une aide financière qui alimente directement la contribution au dérèglement climatique (quand on sait que 40 % des émissions de GES du secteur agricole sont dues aux épandages d’engrais azotés.) !
Face à cette urgence, le gouvernement soutient la loi d’urgence agricole et les lois Duplomb qui confortent un modèle agricole extractiviste et agroindustriel, contributeur majeur au dérèglement climatique. Dans la Vienne, sur le bassin du Clain, territoire en déséquilibre chronique de ressource en eau face aux besoins, la réponse portée par les syndicats agricoles « majoritaires », forts de la loi d’urgence qui les y encourage, est la multiplication des réserves de stockage d’eau alimentée par des pompages en nappe l’hiver. C’est donc pour eux à la ressource de s’adapter à nos besoins et non l’inverse, dans un déni de réalité qui aura des conséquences irréversiblement dommageables pour le territoire et les générations futures !
Face à cette urgence, la Ministre de l’agriculture a annoncé un plan nommé CASI « Canicule – Adaptation – Sécheresse –Incendies », avec 1.3 Mds d’euros, un montant dérisoire face au manque à gagner dans les fermes et qui signe un véritable plan social de l’agriculture, affirmant une vision moderniste et productivist qui éliminera les plus fragiles économiquement. Dans la Vienne, le fléchage de cette enveloppe, dotée de 2,375 millions d’euros, exclurait tout un pan des fermes maraîchères, parce qu’elles ne sont pas bénéficiaires de l’aide PAC, des fermes qui participent pourtant activement à la souveraineté alimentaire des territoires, tout autant qu’au maintien de campagnes vivantes et humaines. Elle porte aussi une aide aux éleveurs de… 500 € ! Un camouflet devant l’ampleur de la catastrophe économique et humaine ! Des fermes qui payent un lourd tribut au dérèglement climatique.
Au moment où reviennent sur le devant de la scène les débats sur l’avenir de l’agriculture face au changement climatique, il est important de rappeler que l’agriculture industrielle et les fausses solutions technologiques qui vont avec sont un leurre pour le climat. L’impératif climatique qui s’est rappelé violemment à nous cet été ne fait que confirmer l’impérieuse nécessité de penser atténuation du dérèglement climatique et donc de changer de modèle agricole et alimentaire. Pour cela, nous n’avons pas d’autres choix que de sortir des logiques de marchés dérégulés, dont les accords de libre-échange sont l’illustration parfaite, qui poussent inéluctablement l’agriculture dans l’industrialisation et avec elle son corollaire de dégradation de l’environnement et de réduction du nombre de paysan.nes sur les territoires.
Aujourd’hui Nous venons vous demander des comptes, à vous et vos services déconcentrés, en régions et départements.
Nous exigeons un plan d’urgence
Parce que l’été prochain sera plus chaud que celui-ci. Des lieux frais accessibles dans chaque bassin de vie, en commençant par les quartiers populaires et les communes rurales. Des écoles, des crèches, des hôpitaux et des EHPAD où l’on ne meure pas de chaud. La protection des travailleuses et des travailleurs de la chaleur inscrite dans la loi. Un toit pour chacune et chacun, parce qu’on ne s’adapte pas au climat quand on dort dehors. Des moyens humains et matériels réels pour les secours. Un fonds pour les paysannes et les paysans sinistrés, et le sauvetage de la faune inscrit dans les plans de catastrophe.
Nous exigeons un plan d’adaptation
Parce qu’aucune commune ne doit rester seule devant le feu et la soif. Le Fonds vert rétabli et l’ingénierie publique rendue aux territoires. La rénovation des logements engagée, des passoires thermiques et du parc social, pour que l’isolation cesse d’être un privilège. Des forêts renouvelées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes traitées comme des communs et non comme des stocks à privatiser.
Nous exigeons un plan d’atténuation
Parce qu’on ne s’adapte pas indéfiniment à une catastrophe qu’on continue d’alimenter. La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles. L’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, ici comme ailleurs. Des transports publics accessibles partout avant toute taxe qui pèserait sur les plus modestes. Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance.
Pour payer ces trois plans
Nous exigeons que contribuent celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et qui en tirent profit.
- Les superprofits des énergies fossiles, taxés dès la loi de finances 2027.
- Les superprofits de l’armement, dont les carnets de commandes n’ont jamais été aussi pleins.
- Un impôt climatique sur les patrimoines des plus riches, qui rapporterait entre quinze et vingt-cinq milliards d’euros par an.
Trois Françaises et Français sur quatre veulent déjà que les entreprises fossiles paient davantage. Nous ne demandons rien d’autre que ce que ce pays réclame.
Ce n’est pas aux précaires, qui subissent en première ligne les conséquences des actes de ces entreprises richissimes, de payer. Ce n’est pas en réduisant les APL, en faisant la chasse aux chomeurs/chomeuses et aux arrêts maladies que l’on règlera le problème.
Aujourd’hui, les premières annonces que nous avons sur le budget de l’Etat ne sont pas à la hauteur. Elles ne prennent pas en compte toutes les réalités que nous venons de citer.
Le samedi 26 septembre 2026
Partout en France, dans les métropoles et dans les bourgs de mille habitants, dans les centres-villes et dans les quartiers, nous sommes dans la rue.
Nous avons marché pour le climat, pour le vivant, pour la paix, pour la justice sociale.
Nous avons marché pour la justice écologique et pour la justice sociale.
Nous avons marché pour les vivantes et les vivants, humains et non humains.
Nous avons marché pour qu’on suive enfin les scientifiques, et qu’un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation soit engagé sans attendre un été de plus. »

