Chauvigny. 24 années d’indifférence environnementale et de déni démocratique ! Et ensuite ?

A l’heure du bilan du maire démissionnaire (au bout de 4 mandats), il me semble tout aussi légitime de faire entendre celui d’une habitante. De dire ce qui m’a manqué, ce que j’aurais aimé trouver dans cette commune où je suis revenue en 2015 (après en être partie à la fin de mon adolescence et avoir vécu dans différentes régions).

Ce qui m’a manqué tient en quelques mots : vivre dans une commune en prise avec son temps. Un temps qui n’est plus aux postures d’élites et de notables, pas plus qu’il n’est aux attitudes passives des habitants qui se reposent sur leurs représentants et en attendent tout (et parfois n’importe quoi). Un temps qui va être fait de réponses aux urgences sociales et environnementales, de constats qu’on n’est pas préparé et de nécessaires moments où on devra assumer cette absence de préparation et d’anticipation.

Faut-il rappeler qu’on est en 2026 ? Que les premiers avertissements sur les conséquences de nos modes de vie sur la nature et notre environnement datent des années 70 – le rapport « Les limites à la croissance. Dans un monde fini » connu sous le nom de Rapport du Club de Rome, est paru en 1972 – et que ces alertes ont été soigneusement ignorées, voire moquées, par les décideurs et la plupart des élus. Enfin que les 2 dernières décennies ont vu s’intensifier les appels des scientifiques et les incitations à la sobriété alors que les bouleversements climatiques et environnementaux annoncés deviennent une réalité concrète et irréversible et que de plus en plus de gens comprennent combien nous vivons au-dessus de nos moyens et de ceux de la Terre. Ces 2 décennies, justement, dans lesquelles se sont inscrits les 4 mandats du maire actuel (il a démissionné mais son empreinte demeure, parfaitement incarnée par sa première adjointe qu’il a désignée lui-même pour lui succéder).

Gouverner, c’est anticiper. Des communes, sous l’impulsion de leur maire, sont engagées, pour certaines depuis plusieurs décennies, dans des démarches de transition. Aujourd’hui, le temps de la transition est révolu – tant pis pour ceux qui l’ont loupé, par négligence, insouciance, absence de vision… inconséquence ! C’est maintenant le temps de l’adaptation.

Il y aurait tant à faire pour que nos communes et leurs habitants aient le moins à souffrir des bouleversements environnementaux et sociaux à venir – et déjà en cours.

Dans la liste des actions possibles et pour certaines déjà mises en place dans de plus en plus de communes, quelques pistes de ce qu’il est possible (et souhaitable) de faire pour aider les populations à s’adapter et atténuer les méfaits des bouleversements climatiques :

– Végétaliser et renaturer les villes permet de créer des « îlots de fraîcheur » : plantation d’arbres et pose de bacs (avec des essences de plantes plus résistantes aux périodes de canicule et sécheresse), végétalisation des toitures d’écoles et bâtiments publics, création de nouveaux parcs et jardins publics (absents ou trop distants de certains quartiers), végétalisation des écoles, crèches, hôpitaux et EHPAD (lieux de vie de populations plus sensibles à la chaleur), débétonisation et renaturation des berges des rivières….

– Débitumer autant que possible, en particulier dans les cours d’écoles (mais pas seulement) : le bitume crée des îlots de chaleur et empêche l’infiltration des eaux de pluie. Rendre nos villes le plus perméable possible aide à lutter contre les inondations et débordements brusques des cours d’eau, tout en contribuant à recharger les nappes phréatiques (nos réserves en eau).

– Habitat : Mettre en place une rénovation énergétique globale et performante, ciblant en priorité les logements les plus énergivores et les plus exposés aux températures extrêmes. Mutualiser et décarboner le chauffage des bâtiments publics et privés. Passer de la climatisation électrique (qui rejette de l’air chaud dans les centre-villes) à des techniques bio-climatiques naturelles (construction low-tech). Ne plus construire de logements qui ne soient adaptés aux fortes chaleurs.

– Alimentation : dans ce domaine crucial, l’absence d’autonomie de nos communes pourrait générer des problèmes de sécurité ignorés par de nombreux élus. Notre alimentation provient en très grande partie de l’importation et nous ne sommes évidemment pas à l’abri de pénuries. Il est urgent de mettre en place, dans chaque commune, un maillage de production, transformation, stockage et distribution de produits alimentaires – en incitant également les habitants à produire eux-mêmes une partie de leurs aliments, et en mettant à disposition des terrains communaux pour ceux qui n’ont pas de jardin (en particulier aux abords des logements collectifs). Il faudrait aussi questionner nos choix d’aliments : certains ne pourront plus être produits, en raison des hausses de températures.

– Autonomie énergétique de la commune : certaines municipalités (de la taille de la nôtre) ont fait installer des panneaux solaires sur des terrains communaux dans un objectif de production non à des fins commerciales mais à destination des habitants – voire à des communes voisines en cas de surproduction.

– Gestion des déchets et consommation raisonnée : ces sujets vont de pair et nécessiteraient éducation et prévention à l’échelle locale.

– Mobilités : la voiture est omniprésente et le piéton ne fait l’objet d’aucune attention ni considération. Il est temps de laisser, dans nos centre-villes, des espaces inoccupés par les voitures, des espaces piétonniers où on peut marcher et flâner sereinement, à l’écart des pollutions sonores et visuelles et des dangers que représentent tous ces véhicules qui colonisent l’espace public.

– Apprentissage de la citoyenneté. La meilleure adaptation face aux difficultés de tous ordres passe par le lien de proximité, alors pourquoi pas mettre en place une « Maison du lien » ? Un lieu qui rassemblerait tout ce qui fait du commun : la production alimentaire en circuit-courts, des temps de formation aux enjeux du dérèglement climatique, une éducation au soin et à la santé, des ateliers de réparation, des lieux d’échanges et de rencontres, une mise à disposition de matériel mutualisé, des temps citoyens de partage de connaissances….

De tout ça, je n’ai pas vu la plus petite ébauche, pas l’ombre même d’une intention, au sein de l’équipe municipale. Ce n’est pas faute d’avoir tenté d’aborder ces sujets et de réclamer informations et débats. Toujours en vain.

A maintes reprises, nos propositions et demandes pour prendre notre part, en tant qu’habitant-es, dans la vie politique de la commune – « politique » au sens large – ont eu pour toute réponse un refus entêté et dépourvu d’arguments. Refus clairement exprimé lors d’un débat à la radio (RCF) auquel j’ai participé pendant la campagne électorale de 2020 : je cite le maire « La démocratie participative, ça ne marche pas ». De la part de quelqu’un qui n’a jamais rien essayé dans ce sens et dont on peut même douter qu’il se soit jamais intéressé à la question, c’est un peu fort ! Et surtout très significatif et emblématique d’une façon de gouverner.

Jo Spiegel garde en mémoire ce jour où il a « pris conscience, avec effroi, qu’il faisait de la politique « à l’ancienne » : celle qui se réclame de la démocratie mais la réduit au seul droit de vote, celle où toutes les décisions sont prises dans un entre-soi des élus ». Maire de Kingersheim (Haut-Rhin) de 1989 à 2020, il a, au sein d’équipes successives, contribué à construire, lentement et patiemment, un autre paradigme pour redonner un réel pouvoir d’élaboration et de décision aux habitant-es. De plus en plus de municipalités s’inspirent aujourd’hui de ce qu’on peut considérer comme une fabrique de démocratie.

Il y a pléthore d’expérimentations d’innovation démocratique dont on pourrait s ‘inspirer ici ! Depuis Jo Spiegel, qui a durant de longues années expérimenté avec les élu-es et habitant-es de Kingersheim le concept de « démocratie-construction », en passant par Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais) – voir son « référentiel de l’implication citoyenne » – ou encore Ungersheim, village du Haut-Rhin en transitions multiples y compris démocratique, jusqu’à l’extraordinaire expérience (en cours) de démocratie délibérative dans le tout petit village de Ménil-la-Horgne (Meuse) où le conseil municipal s’est engagé à soumettre chaque projet à une commission d’habitant-es et à voter et exécuter ce que cette commission aura décidé (et ça fonctionne !). Sans oublier la liste citoyenne qui a gagné l’élection de 2014 à Saillans (Drôme) et construit la première constitution municipale (lire à ce sujet le réjouissant « Réanimer la démocratie », de Tristan Rechid). Ce n’est qu’un petit extrait de l’inventaire des expériences de coconstruction démocratique et toutes ont été suffisamment documentées pour aider et soutenir des élu-es souhaitant prendre cette direction.

Les élu-es chauvinois-es n’auraient d’ailleurs pas eu à scruter si loin pour suivre des traces plus qu’inspirantes, puisqu’il suffisait de s’intéresser un tant soit peu à ce que mettait en place la nouvelle équipe municipale de Poitiers, à la vision profondément ancrée dans les problématiques et questionnements de notre temps. Pour ce qui est de la démocratie, parmi les expériences innovantes que j’ai pu observer ou auxquelles j’ai pris part à Poitiers, il y a ce formidable moment d’Histoire de la redémocratisation locale que fut l’Assemblée Citoyenne et Populaire ! J’ai participé à toutes les phases publiques des 2 éditions, j’y ai observé et vécu de véritables moments de réappropriation politique de gens qui se tenaient éloignés de l’administration de leur commune et/ou qui ne se sentaient pas légitimes à s’y intéresser. Et j’y ai fait l’expérience d’un accueil inconditionnel, d’une ouverture et d’un sens de l’égalité que je suis hélas très loin de trouver dans ma commune (de quelque côté que je me tourne).

À l’heure où il paraît possible que le paysage politique local change, serait-il permis d’espérer que les nouveaux arrivant-es soient plus représentatifs de leur temps et des désirs qui semblent monter d’un nombre croissant de Français-es ? Qu’ils/elles soient plus à l’écoute et empathiques, ouverts aux opinions, idées et paroles différentes. Qu’ils/elles acceptent et accueillent comme normale la dimension de conflictualité, base du débat démocratique. Qu’ils/elles reconnaissent et valorisent l’expertise citoyenne : les habitants sont les meilleurs connaisseurs de leurs espaces de vie quotidienne et, à ce titre, ont leur place dans des organes de décision (Même si le législateur ne le prévoit évidemment pas, il y a toujours des interstices à investir et des pas de côté possibles).

Et parlons de la posture de l’élu-e ! Je voudrais que ce soit la fin de cette attitude hautaine qui prouve combien « élu » et « élite » ont la même étymologie ! Nouvellement élu-es ou siégeant depuis déjà (trop) longtemps, ils/elles n’appartiennent plus à leur ancien monde, celui « d’en-bas » et bafouent le mot « égalité » gravé au fronton de leur palais. Je voudrais qu’ils arrêtent de considérer avec mépris ceux et celles qui ne sont pas d’accord ou demandent ce qu’on ne veut pas leur donner (information, parole, transparence…) et qu’ils cessent de voir comme des adversaires politiques des habitants-es réclamant une place légitime dans la vie politique (au sens large) locale ! Je voudrais qu’ils ne se considèrent plus comme omniscients dès qu’ils siègent au conseil municipal. Je voudrais qu’ils aient l’humilité de se rappeler qu’on les a élu-es, qu’ils sont supposés être nos représentants (même si je suis persuadée que « démocratie représentative » est un oxymore et qu’il me semble absurde de nommer « démocratie » un régime qui confisque sa souveraineté au peuple). Je voudrais qu’ils en finissent avec cette politique « à l’ancienne » qui se limite à « gérer une commune » et qui, aujourd’hui plus que jamais, est définitivement hors sol et inadaptée. Je voudrais qu’ils se soucient davantage de l’intérêt général que de leur petite notabilité ou de la marche dans leur ascension de professionnel politique que représente leur élection « à la tête » d’une petite commune. Je voudrais qu’ils aient conscience de la dimension d’éducation populaire que peut et doit comporter leur fonction. Je voudrais qu’ils aient vocation à rassembler et que cette volonté soit tangible et traverse tous les projets. Parce que quand ça ne va pas, quand on doit faire face à des difficultés quelles qu’elles soient, la commune est le premier échelon, et on est toutes/tous dans le même bateau.

Marie Mai, le 4 février 2026

Marie Mai

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mer Fév 4 , 2026
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