Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du CASDIS,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
Je veux d’abord souhaiter la bienvenue aux membres qui rejoignent cette instance à la suite des élections municipales.
Je veux également saluer les membres qui poursuivent leur présence dans cette instance, et dont l’expérience pourra contribuer utilement à nos travaux.
Le CASDIS peut parfois apparaître comme une instance technique, voire austère. Pourtant, les décisions qui y sont prises ont des conséquences très concrètes : elles engagent le fonctionnement du service public d’incendie et de secours, les conditions d’intervention des sapeurs-pompiers volontaires et professionnels, le travail des personnels administratifs, techniques et spécialisés, ainsi que la sécurité de la population.
Le SDIS ne se résume pas au secours à personnes, à la lutte contre les incendies, même si ces missions sont centrales. Les missions sont nombreuses : intervention, prévention, prévision, formation, préparation opérationnelle, accompagnement des territoires.
Je voudrais donc m’adresser à vous, Monsieur le Président du CASDIS.
Il est important que les administrateurs et administratrices qui rejoignent cette instance puissent disposer rapidement des éléments nécessaires pour comprendre les missions, l’activité, les contraintes et les moyens du SDIS, afin de voter les délibérations en mesurant pleinement leurs conséquences concrètes.
Lorsque vous aviez pris vos fonctions, un séminaire avait été organisé en ce sens. Cette initiative avait été appréciée et utile.
Je souhaite donc qu’un nouveau temps de ce type puisse être organisé pour les membres qui nous rejoignent aujourd’hui.
Je voudrais maintenant m’adresser à vous, Monsieur le Préfet, puisque vous siégez pour la première fois dans cette instance.
Je veux vous faire part de ma déception après le discours prononcé à l’occasion de la Journée nationale des sapeurs-pompiers, au nom du ministre de l’Intérieur.
Ce discours contenait beaucoup de reconnaissance, beaucoup d’hommages, beaucoup de mots forts sur l’engagement des sapeurs-pompiers. Il présentait un plan d’actions 2026-2028 pour les sapeurs-pompiers volontaires.
Il faisait également référence à une future loi concernant les sapeurs-pompiers et la sécurité civile, avec une évolution du modèle de financement et des travaux techniques engagés avec les financeurs.
Mais ces annonces ne répondent pas aux difficultés budgétaires immédiates que rencontrent les SDIS sur l’ensemble du territoire national, et notamment le SDIS de la Vienne.
Le fait que ces difficultés soient nationales ne les rend pas moins graves localement. Au contraire, cela confirme qu’elles appellent une réponse nationale, et donc une intervention de l’État à la hauteur des besoins.
Dans le prolongement de la déclaration des représentant·es des personnels, et sans parler à leur place, je veux redire ici que les alertes exprimées par les sapeurs-pompiers professionnels et leurs organisations syndicales doivent être prises au sérieux.
Le SDIS de la Vienne est confronté à un sous-financement chronique. Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix budgétaires qui ont été faits au fil des années.
Nous le répétons depuis plusieurs années : les besoins et l’activité opérationnelle augmentent, les dépenses contraintes progressent, mais les moyens ne suivent pas à la hauteur nécessaire.
Monsieur le Préfet, je sais que vous connaissez les exigences de l’organisation des secours et de la sécurité civile. Mon propos n’est pas de vous rappeler ce qu’est un SDIS, mais de porter ici une alerte précise sur la situation budgétaire du SDIS de la Vienne et sur ses conséquences concrètes pour le service public de secours.
Il ne suffit donc pas de saluer l’engagement des sapeurs-pompiers. Il faut aussi leur donner les moyens de remplir leurs missions dans de bonnes conditions, avec des effectifs, des équipements et une organisation permettant d’assurer la sécurité des interventions comme celle des personnels engagés.
Je sais bien qu’on pourra nous répondre que les difficultés des SDIS ne relèvent pas uniquement du budget, qu’il y a aussi des enjeux d’organisation, de capacité opérationnelle, de doctrine nationale ou encore des textes annoncés. Tout cela peut exister. Mais cela ne doit pas masquer l’essentiel : un service public de secours ne fonctionne pas seulement avec des schémas, des plans, des promesses de textes et des discours. Il fonctionne avec des effectifs, des équipements, des véhicules, des formations, des centres de secours entretenus, et donc avec des moyens.
Je veux aussi être très claire sur un point : je ne souhaite pas que l’on cherche à améliorer artificiellement la situation financière du SDIS en renonçant à certaines activités, en réduisant son niveau d’intervention ou en reculant sur des missions utiles à la population.
Un SDIS ne se porte pas mieux parce qu’on réduit ce qu’on lui demande de faire. Réduire les missions n’est pas une solution. C’est un choix politique qui consiste à accepter un recul du service public. Il se porte mieux quand on lui donne les moyens d’assurer correctement ses missions.
L’État doit prendre sa part. Mais nous ne pouvons pas nous réfugier derrière l’attente d’une réforme nationale pour éviter de regarder nos propres responsabilités au Conseil départemental et au conseil d’administration du SDIS. Dans la Vienne, la contribution du Département au SDIS reste inférieure à ce que l’on constate dans d’autres départements comparables. Nous sommes environ douze euros par habitant en dessous de la moyenne nationale (cela fait environ 5 millions d’euros). Ce n’est pas un écart technique. C’est un choix qui traduit le niveau de priorité accordé au service public d’incendie et de secours. Ce choix a des conséquences concrètes.
Je ne méconnais pas la difficulté de gérer un service départemental d’incendie et de secours. Mais précisément parce que les choix sont difficiles, ils doivent être débattus clairement, et les besoins doivent être regardés en face.
Je souhaite donc alerter les administrateurs et administratrices dès cette première séance : nous avons devant nous un SDIS qui aura de grandes difficultés à fonctionner correctement avec les moyens qui lui sont accordés cette année et les années à venir. J’espère que nous pourrons, d’ici notre prochaine réunion, réfléchir collectivement à la manière dont notre conseil d’administration pourrait se prononcer sur cette question, le cas échéant, au travers d’une motion adressée au ministre de l’intérieur et au conseil départemental.
Je veux également m’adresser aux personnels du SDIS et aux représentant·es des personnels ici présent·es.
Je veux vous dire mon soutien. Les alertes que vous portez ne sont pas abstraites : elles partent du terrain, du quotidien des centres de secours, des interventions, des contraintes opérationnelles et des conditions de travail.
Pour ma part, je continuerai, jusqu’à la fin de mon mandat au CASDIS, à défendre la nécessité de donner au SDIS les moyens nécessaires pour assurer ses missions dans de bonnes conditions.
C’est aussi pour cela que je souhaite que cette instance soit un vrai lieu de débat. Pas pour débattre pour le plaisir de débattre, mais parce que les décisions que nous prenons ici sont importantes. Elles méritent mieux qu’un vote automatique.
Les délibérations que nous votons ne sont jamais neutres. Elles traduisent toujours des priorités et des arbitrages.
Nous devons en avoir pleinement conscience au moment de voter les délibérations qui nous seront présentées. Derrière chaque ligne budgétaire, il y a des interventions, des centres de secours, des véhicules, des équipements, des formations, des astreintes, des agent·es, et au bout du compte, la sécurité de la population.
La véritable question qui nous est posée n’est donc pas une question comptable. C’est une question politique : quelle place voulons-nous accorder au service public d’incendie et de secours dans notre département ?
Le courage, ce sont les sapeurs-pompiers qui en font preuve sur le terrain. Dans cette assemblée, il nous appartient d’assumer pleinement nos responsabilités et les choix qui en découlent. Nous sommes appelé·es à mesurer la portée de nos votes.
Car il y aurait une contradiction profonde, difficilement défendable, à saluer l’engagement de celles et ceux qui font vivre le SDIS tout en refusant de leur accorder les moyens nécessaires pour accomplir leur mission.
Florence Harris
Conseillère départementale de la Vienne
Canton de Poitiers-3
Groupe des Élu·e·s « La Vienne en transition «
Parti communiste français

