Deux éléments.

Le député de la Vienne Sacha Houlié vient de déposer une « proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l’Union européenne résidant en France« .

En mars 2001 Poitiers avait présenté une liste municipale avec des étrangers.

Comment analyser le buzz médiatique présent ?

Le fait que ce soit une proposition de loi constitutionnelle nous indique qu’il y a peu de chance que la loi passe, vu le consensus énorme nécessitant un grand nombre de voix au Parlement comme au Sénat. Ce genre de proposition qui n’aboutira pas est plutôt un marqueur identitaire, un signe politique.

Or Sacha Houlié fait parti du cercle proche de Macron depuis le début, avant son élection à la présidence en 2017. Par exemple pour sa réélection aux dernières législatives de 2022 il a réussi à faire venir pas moins de trois ministres et mobiliser l’essentiel de l’appareil LREM départemental en sa faveur. Il est actuellement président de la Commission des lois, celle qui, dans la mandature précédente, avait réussi à enterrer la commission d’enquête parlementaire sur Benalla.

Rappelons aussi que le jeune lycée poitevin S. Houlié, du temps qu’il était au Parti Socialiste, militait dans la tendance Strauss- Kahn, leader connu pour ses idées ultra-libérales et pas du tout pour son progressisme.

Enfin l’affaire Mac Kinsey nous a rappelé que toute communication émanant du cercle rapproché du Président Macron est très contrôlée (et grassement rémunérée).

On peut donc émettre l’hypothèse qu’après les ententes avec le RN (des vices présidences au Parlement), les votes communs contre la hausse du SMIC ou la taxation des super-profits du CAC40 par exemple, après tant d’évidence d’une politique réactionnaire, de droite, en complicité avec l’extrême-droite, la Macronie a besoin de se refaire une image en créant le buzz autour d’une des marques identitaires de la gauche : le droit de vote des étrangers aux Municipales. Gageons que ce buzz pour gauchir leur image sera vite chassé par un autre buzz et que le droit de vote des étrangers aux municipales retournera au placard.

Le droit de vote des étrangers aux Municipales à Poitiers en 2001.

À web86.info, nous avons de la mémoire. En 2001, les militant-es progressistes de Poitiers avait voulu mettre en débat ce droit de vote, promesse du candidat Mitterand en 1981. Pour cela nous avions présenté une liste de candidat-es aux élections municipales de 2001 à Poitiers, une liste tout ce qu’il a de plus régulière et que la Préfecture avait refusé d’agréer car comportant des citoyens étrangers parmi ses candidat-es.

En cliquant sur ce lien, trouvez une couverture de presse de l’époque (en pdf). Et trouvez ci-dessous le texte d’appel de notre liste. Ne pas oublier et continuer de revendiquer.

P. Canaud

*********

« Même sol : mêmes droits, même voix »

Le collectif « même sol : mêmes droits, même voix » de Poitiers déposera une liste pour les élections municipales du 11 mars 2001.

Cette liste sera invalidée par la préfecture, puisqu’elle comporte pour une part des résidents étrangers, encore aujourd’hui non électeurs, et non éligibles selon la constitution.

Pourquoi cette liste ?

Pour permettre à des résidents extra communautaires de prendre la parole dans la ville où Ils vivent, et pour dénoncer publiquement les paradoxes de ces prochaines élections.

Élections européennes en 1999, élections municipales en 2001, les ressortissants de l’union européenne sont électeurs et éligibles. En accordant ce droit, la France avance vers l’égalité des droits, mécanisme indispensable à l’exercice de la citoyenneté et à la démocratie.

Alors pourquoi couper cet élan en refusant la citoyenneté politique à ceux qui résident de façon permanente sur notre sol sous prétexte qu’ils sont extra communautaires ? Comment imaginer que ces résidents qui participent comme les autres citoyens à la vie économique et sociale du pays, qui sont parfois installés depuis plusieurs dizaines d’années, n’aient pas le droit de vote ?

Les droits des étrangers sont reconnus en quasi-totalité dans l’entreprise (syndicat, élections prud’homales). En 1981, ils ont obtenu le droit d’association et le droit de diriger une association. Ils participent ainsi pleinement à la vie de notre société. Pourquoi n’auraient-ils pas les mêmes droits dans la ville où ils vivent et déclarent leurs revenus ? Les étrangers extra-communautaires, qui sont 15 millions à résider en Europe, doivent disposer des mêmes droits que leurs concitoyens européens. Si la citoyenneté ne se résume pas au droit de vote, le droit de vote est partie intégrante de la citoyenneté.

Autre paradoxe dans les prochaines élections : le nombre de conseillers municipaux dépend du nombre d’habitants de la commune, y compris, les étrangers. Une partie des conseillers municipaux ne doivent leur poste qu’à l’existence de ceux dont on ne demande jamais l’avis. Et la commune reçoit de l’état une dotation globale de fonctionnement proportionnelle à la population totale, y compris ceux qui ne peuvent pas voter.

A Poitiers, le collectif « même sol, mêmes droits, même voix » (inspiré de la campagne nationale à l’initiative du MRAP et Léo Lagrange, rejointe par 80 associations, syndicats et partis), a débuté en novembre 1999. Suite à nos démarches, trois communes de la Vienne, à savoir Poitiers, Naintré et Les Roches Prémaries ont exprimé un vœu en conseil municipal dans le sens de cette revendication.

A la veille des élections municipales, plus aucune liste de gauche plurielle ne parie sur l’idée d’inclure dans leur liste de candidats, des étrangers n’ayant pas le droit de vote, quitte à être provisoirement invalidés.

Pour renouer avec une tradition d’avant la guerre de 40 qui consistait à présenter les femmes alors qu’elles n’étaient ni éligibles, ni électrices, afin que la revendication du droit de vote des étrangers ne passe pas à la trappe lors de ces élections, nous déposerons cette liste respectant la réglementation exceptée la règle concernant la nationalité.

Cette campagne permet d’ores et déjà à un nombre d’immigrés, première. Deuxième, troisième génération naturalisés ou non d’apparaître sur la ville.

Rédaction

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