Épilogue le 10 Mars 2021. Après 1O ans de marchandages et de pression, la CLE (Commission Locale de l’Eau) du bassin du Clain a voté un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) vide de tout contenu opérationnel.

Sur les 50 membres, il y a eu 45 votants : 41 pour, 4 contre : Vienne Nature, UFC-Que Choisir, Deux Sèvres-Nature Environnement, CIVAM (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural). La LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) n’est pas membre de la CLE et les syndicats agricoles ne sont pas représentés sinon bien sûr les syndicats majoritaires à travers notamment la Chambre d’agriculture , l’Organisme Unique de Gestion Collective (OUGC), les associations d’irrigants.

L’Établissement Public Territorial de Bassin de la Vienne a hérité en 2019 d’un projet jusqu’alors piloté par le Conseil Départemental 86 et déjà bouclé. Il a tenté d’y introduire quelques engagements concrets dans la phase de modification ouverte après la fin de l’enquête publique,le porteur de projet prenant en compte les recommandations de la commission d’Enquête. Une offensive des services de l’État , pilotée par la DDT (direction départementale des Territoires),a permis, au prix de quelques manœuvres pas très réglementaires, de neutraliser ces propositions en faisant ré-écrire les articles concernés du Règlement du SAGE..

La DDT a ainsi fait annuler :

  • le respect à partir de 2021 des volumes d’irrigation à l’étiage autorisés par la notification de 2012 du Préfet de Bassin ( 22 millions de m3, valeur haute de la fourchette ). Cette échéance impliquait l’arrêt des volumes provisoires accordés par dérogation dans l’attente de la mise en service des bassines: 10,5 Millions de m3. La sur-exploitation de la ressource, avec ou sans bassines, a donc de beaux jours devant elle…
  • les contraintes réglementaires pour la sauvegarde et la création de ripisylves, outil essentiel contre la pollution des cours d’eau par le ruissellement.
  • les contraintes pour la mise aux normes des plans d’eau construits en travers des cours d’eau et qui perturbent gravement leur fonctionnement : débit en aval non restitué, pas de circulation des sédiments ,… Les plans d’eau sont un enjeu essentiel et conflictuel en Vienne : 2.200 plans d’eau ,aucune obligation règlementaire.

Nous ne croyons pas aux vœux pieux

Voici donc un SAGE réduit à 280 pages de vœux pieux. En matière de pollution chronique, le seul objectif chiffré concerne la limitation du taux de nitrates à la prise d’eau de La Varenne, dans le Clain à St Benoit, prélevement stratégique pour Grand Poitiers. Mais rien n’y fait référence dans le Règlement, rien ne rend l’objectif réalisable : encore un affichage de bonne intention

Certains – Grand Poitiers, la Fédération de Pêche notamment- ont voté POUR cette caricature de SAGE en se persuadant que mieux valait un SAGE vide que pas de SAGE et que tout changerait lors d’une révision du SAGE après la publication des résultats de l’étude HMUC (Hydrologie Milieux Usages Climat en 2022): le lobby État/Chambre d’agriculture/irrigants s’inclinerait alors devant la science et accepterait d’aller vers des économies d’eau , des changements de pratiques agricoles, la prise en compte des enjeux de santé publique et de biodiversité…

Nous ne croyons pas à ce miracle.

Les savoirs sont déjà là sur l’excès des prélèvements agricoles, les effets très probables du changement climatique , sur les dégâts des pesticides …. Les dénis persisteront tant que la gouvernance de l’eau restera ce qu’elle est : sur 50 membres de la CLE , 2 associations de protection de la nature et de l’environnement , une association de consommateurs, une association agricole non inféodée aux syndicats dominants . C’est tout un système de gestion qui prend l’eau .

J.L. Jollivet.

Rédaction

2 réactions sur “Eau : dix ans de « concertation » pour des prunes !

  1. Il ne faut pas se résigner ! Mais les temps sont durs : les gens se referment plus que jamais comme des huitres…
    Les flash mob sont peut-être la forme la mieux adaptée à ce contexte plombé.
    Les Amis de la Terre- Poitou ont un petit tract clair et attrayant sur la question de l’eau.
    Avec le renfort des bonnes volontés, nous pourrions faire à travers la ville des opérations légères d’information, interroger les gens par petits groupes, pour savoir où ils en sont de l’information, les convaincre que ça les concerne, leur demander quelles formes d’actions qu’ils seraient prêts à mettre en place…
    Il faudrait une accroche genre saltimbanques pour attirer un petit groupe de passants. Je pense à la chanson de l’homme de Cro-Magnon à faire sonner comme un appel en fanfare…
    Surtout ne pas faire de « campanilisme  » (esprit de clocher) d’association, ne pas faire de l’eau une affaire d’experts ou de bureaucrates. C’est une question de vie ou de mort… et de démocratie.

  2. merci de ce CR très « clair » et de cet état des lieux sur la situation

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Article suivant

Et si la COVID-19 révélait qu'un autre tourisme existe ? Vers des formes d'hospitalité inclusive à Poitiers !

dim Mar 14 , 2021
A EKITOUR, nous développons un regard critique sur le système touristique et, en particulier, sur l’impact de la catégorie « touriste » sur l’hospitalité des personnes de passage tout comme sur les lieux et communautés d’accueil ; nos actions en témoignent depuis longtemps et nous voulons faire de Poitiers un […]
//