« Monsieur le Préfet Charles GIUSTI,

Lors de la manifestation du 24 octobre 2026, nos organisations ont été profondément choquées par larépression qui s’est abattue sur les manifestant·es.

Déjà, lors de la manifestation du samedi précédent, le 17 octobre, plusieurs paliers de violence avaient été franchis à Poitiers avec l’usage, encore jamais vu, de grenades de désencerclement, de grenades GM2L, et de lanceurs de balles de défense. Vous aviez d’ailleurs nié l’utilisation de LBD avant de devoir le reconnaître suite aux preuves apportées (la Nouvelle République du 19/10).

Ce samedi 24 octobre, alors que la place de la mairie était remplie de jeunes réclamant légitimement un avenir décent, de travailleurs et travailleuses, de retraité·es, de privé·es d’emplois, de familles avec des enfants venu·es les soutenir, les forces de l’ordre ont été encore plus loin dans la violence de leurs interventions.

Plusieurs centaines de grenades lacrymogènes ont été utilisées entre 16h et 18h, soit une quantité similaire à celle utilisée le 17 pendant tout l’après-midi, illustrant une intensité de répression encore plus forte. Des grenades GL-304, aussi appelées grenades Condor, ont également été massivement utilisées dans la foule de manifestant·es, alors même que les données du constructeur précisent que celles-ci doivent « être lancées pour exploser à une distance minimale de 10 mètres des contrevenants et peuvent provoquer des blessures à courte portée ». L’usage d’au moins une quinzaine d’entre elles a été constaté et documenté à Poitiers ce samedi.

Dans le même temps, les forces de l’Ordre ont nassé les manifestant·e qui se situaient place Leclerc tout en continuant à utiliser des grenades lacrymogènes et GL-304, les forçant à se rabattre dans les rues adjacentes provoquant des mouvements de foule dangereux. Certain.es manifestant.es, dispersé·es en petit groupes, ont alors été pris·es en chasse par la Brigade Anti Criminalité et les CRS, matraque en main, pendant plusieurs heures.

A 20h, la préfecture faisait état de 10 arrestations, un nombre extrêmement élevé pour une ville comme Poitiers, et de deux blessés. Iels ont été emmené·es à l’hôpital, l’un d’eux mutilé à l’œil. Nous en avons recensé de notre côté au moins une dizaine, dont plusieurs blessé·es graves, parmi elles et eux de jeunes mineur·es.

Des témoignages font état de blessé·es pris·es en charge par d’autres manifestant·es et les street-médics présent·es sur place et qui ont été de nouveau ciblé·es par les forces de l’ordre. Une tentative d’arrestation a eu lieu dans un bar du centre-ville, assortie de menaces et d’injures envers la clientèle présente. Plusieurs témoignages font également état du passage à tabac d’un manifestant et d’intimidations de témoins en marge de la manifestation.

Monsieur le Préfet, nous dénonçons cet usage disproportionné de la force et de la violence, y compris l’utilisation de dispositifs dont certains sont considérés comme des armes de guerre, ainsi que des agissements manifestement injustifiés, inappropriés, voire illégaux des forces de l’ordre.

Cette stratégie de maintien de l’ordre n’est pas acceptable. Nous exigeons qu’elle cesse. De nombreux militants et nombreuses militantes de nos organisations ont été témoins et/ou ont subi les agissements des forces de l’ordre. Ceux-ci sont plus de nature à exacerber la colère et l’exaspération qu’à inspirer la confiance. Comme leur nom l’indique, nous rappelons que la mission des gardiens de la Paix est de protéger les manifestant·es pour qu’ils et elles puissent exprimer leurs revendications en sécurité. La crainte de dégâts matériels ne peut en aucun cas faire passer au second plan l’intégrité morale et physique de celles et ceux qui se mobilisent pour revendiquer de meilleures conditions de vie, de travail et d’étude.

Manifester est un droit fondamental garanti, entre autres, par la convention européenne des droits de l’homme.

Monsieur le Préfet, vous êtes le garant de la sécurité, mais aussi du respect des droits fondamentaux. Nous attendons que la lumière soit faite sur la gestion des dernières manifestations.

Nous attendons des réponses et que des mesures soient prises pour que de telles situations ne se reproduisent pas.

Veuillez croire, Monsieur le Préfet, en notre profond attachement aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité.


Signataires :

PCF 86, CGT 86, FSU 86, LDH PoiƟers, LFI 86, NPA L’anticapitaliste 86, MJCF 86, GES 86, Solidaires 86, PS86, CGT-SELA, GRS, POI 86, JS 86, Solidaire Etudiant.es, les écologistes Poitiers Sud Vienne, génération.ti Vienne

Rédaction