Militante insoumise (très) engagée, pour la seconde fois, dans la campagne présidentielle, j’arpente, depuis novembre dernier, la campagne du sud-Vienne en quête de parrainages. Ce qui me fait (re)prendre la plume aujourd’hui, c’est l’envie de partager mes impressions de chasseuse solitaire et le tableau qui se dessine sous mes yeux et mes pas/roues, au fil de cette campagne. Tableau grignoté ça et là par une absente : la démocratie.

J’ai rencontré, re-rencontré, appelé, rappelé, tenter de contacter de très nombreux maires, essentiellement dans les plus petites communes. Rencontres pour la plupart chaleureuses et occasionnant des discussions intéressantes. Mais toutes se sont (jusqu’ici) soldées par des refus de parrainer, non seulement le candidat pour lequel je roule mais également tous/toutes les autres.

Rappel : Le parrainage est un dispositif prévu par la Constitution, dispositif légal donc. C’est un rouage important de l’élection présidentielle et les maires, du fait de leur nombre très important parmi les élus habilités à parrainer, en sont un maillon essentiel. Ils sont à ce titre les garants de la pluralité électorale et de la diversité dans la représentativité. Parrainer est la prérogative du maire et sa responsabilité exclusive, non celle du conseil municipal.

Partant de là, tous les arguments qu’on m’a exposés pour expliquer le refus de parrainer sont entendables et évidemment respectables, mais pas recevables.

En voici un florilège (du plus au moins entendu) :

1) Publicité des parrainages (on y a tous accès via le site du Conseil Constitutionnel)

2) Respect de la diversité d’opinion dans le conseil municipal

3) Pression des instances départementales et communautaires (et autres…)

4) « Je ne fais pas de politique »

Mes réponses à ces arguments :

1) Le fait de rendre public le choix de parrainage d’un-e élu-e répond au besoin de transparence (besoin rarement entendu). Les maires, souvent prompts au rappel à la loi, devraient être en mesure d’expliquer cet engagement démocratique aux membres du conseil municipal et aux habitants, même si la loi ne leur impose aucunement de justifier leur choix de parrainage. J’ai constaté que la majorité des gens, maires compris, confondent « parrainer » et « voter pour ». Si les maires comprenaient ce dispositif pour ce qu’il est – un devoir faisant partie de leurs fonctions – ils n’auraient aucun mal à assumer leur choix et à l’expliquer à qui le souhaite.

2) Je comprends qu’un maire puisse mettre en avant l’argument du respect de la diversité d’opinion au sein du conseil municipal. Mais en refusant de parrainer pour ce motif, ils contribuent à empêcher cette même diversité au sein du paysage électoral présidentiel.

3) Sans avoir accès directement à rien qui puisse prouver cet argument de la pression des instances départementales et autres, je veux bien croire à la sincérité de ceux et celles qui m’en ont fait part. Personne ne remettrait en question l’existence de la corruption politique (et autre) à tous les niveaux…..

4) Quelques élu-es, pas seulement dans les plus petites communes, prétendent « ne pas faire de politique ». Est-ce bien la peine de leur rappeler qu’ils se sont présentés devant le suffrage universel ? Certain-es maires pensent que leur fonction ne consiste qu’à rendre leur commune plus agréable. Je déplore qu’ils ne s’interrogent pas sur la place de la commune dans un monde en pleine mutation, sur leur rôle d’éducation populaire politique, d’accompagnement des changements inexorables et d’aide à la compréhension des urgences et des enjeux de cette époque. Au moins faudrait-il pour ça qu’eux-mêmes possèdent la culture et la réflexion politique nécessaires, et le courage politique également. La course aux moyens matériels et le sentiment (légitime) d’être noyé au cœur des grandes communautés de communes ne justifient pas qu’on continue à « gérer » une commune comme il y a 30 ou 40 ans, sans prendre en compte les problématiques qui sont les nôtres, urgentes aujourd’hui plus que jamais et résultats de l’incapacité et du refus d’anticiper. À l’échelle d’une commune, il serait pourtant plus simple de penser et commencer à mettre en place le monde de demain et les moyens de faire face aux difficultés à venir dans un futur très proche.

Il y a 5 ans, seulement 17,88% des maires de la Vienne ont accordé un parrainage (contre 27 % pour tout le pays). Il semblerait que ce chiffre risque d’être encore en baisse cette année. Il s’agit d’une véritable abstention. À chaque maire qui acceptait la discussion, j’ai fait remarquer que son abstention risque de faire grossir encore le chiffre de l’autre abstention. Mais de l’une comme de l’autre, les gouvernements ne veulent pas entendre parler.

Ceci est un signe, parmi tant d’autres, de l’usure de la 5e République. Un régime qui avait vu le jour à la hâte, sans débat national, devant l’imminence d’un putsch militaire, régime qui donnait tous les pouvoirs au Président, réduisait à rien le Parlement, rendait impossibles l’intervention populaire et l’existence de contre-pouvoirs et soumettait l’élection présidentielle à un parrainage élitiste. Ce parrainage pose question depuis longtemps, Lionel Jospin en son temps avait mis en place une commission pour réfléchir à une alternative et proposé un parrainage citoyen – il suggérait le chiffre de 150 000 parrains-citoyens pour pouvoir être candidat. Les députés insoumis ont repris cette idée pour en faire une proposition de loi – qui a été refusée.

Le programme « L’Avenir en commun » propose d’en finir enfin avec cette 5e République qui, depuis plusieurs mandats, n’est plus que l’instrument de destruction des idéaux républicains. Ce serait un comble que le seul programme qui donne aux maires la possibilité de voir disparaître un dispositif qui pèse trop lourdement sur eux ne puisse être présent dans le paysage de cette élection ! Il reste 3 semaines à peine pour le sursaut démocratique espéré.

11 février 2022 – Marie Mai

Rédaction

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