Au cœur de la Communauté urbaine de Grand Poitiers, parmi les 40 communes qui constituent cette entité plus rurale que urbaine d’ailleurs, 2 communes, entre autres, ont connu des élections municipales quelque peu surprenantes : Mignaloux-Beauvoir d’une part et Poitiers d’autre part, qu’il est intéressant d’analyser au regard des chiffres exprimant les résultats.
1/ Mignaloux-Beauvoir
Au 2e tour des élections le 22 mars : inscrits 3702, votants 2304, exprimés 2274, blancs et nuls 30.
Pour la 1ère fois depuis des temps immémoriaux, 3 listes étaient proposées au suffrage des électeurs ; 2 listes dites « apolitiques » et 1 liste de droite dure, conduites respectivement par Sophie Kemdji, Patrick Ferrer et Ronan Nédélec.
A l’issue du scrutin, incertain et pour le moins tendu, les résultats se traduisaient de la façon suivante, dans l’ordre décroissant :
– La liste Ferrer cataloguée « Divers » : 1031 voix, soit 45,34% des suffrages exprimés, obtenait 22 sièges sur 29 ;
– La liste sortante Kemdji cataloguée « divers gauche » : 990 voix, soit 43,54% des suffrages exprimés, obtenait seulement 6 sièges sur 29 ;
– La liste Nédèlec cataloguée « Divers droite » : 253 voix, soit 11,12% des suffrages exprimés, n’obtenait qu’un seul siège.
Sans majorité absolue, la liste arrivée en tête avec 45,34% des suffrages exprimés obtenait ainsi plus de 3/4 du nombre des élus (22/29), dont les 3 conseillers communautaires et la liste sortante, arrivée en 2e position avec un pourcentage à peine inférieur n’arrivait à sauver que 6 sièges !!…
A noter que la liste « gagnante » n’a été élue que par moins de 28% du corps électoral de la commune !…
Drôle de « règle du jeu », certes légale, qui fonctionne en France depuis plusieurs décennies, mais qui ne peut être qualifiée d’équitable, puisque 50% seulement des sièges sont répartis à la proportionnelle, la « prime au gagnant » représentant en fait déjà 50% des postes…!! étonnant non !?
2/ Poitiers
A l’issue du 2e tour, le résultat des élections peut se résumer de la façon suivante :
4 listes restaient en lisse après le 1er tour, suite à un certain nombre d’accords et de soutien parfois contre-nature. Le scrutin n’a permis d’obtenir qu’une majorité relative à la liste cataloguée de « Centre droit » conduite par Anthony Brottier, qui a recueilli avec seulement 47,32% des suffrages exprimés, 40 élus sur un total de 53, soit plus de 3/4 du nombre des siéges …!!!
La liste de gauche (écologistes, insoumis et communistes) conduite par la maire sortante Léonore Moncond’hui, avec 40,79% des suffrages exprimés, n’obtenait que 11 élus sur 53, soit 21% du nombre de sièges seulement… !!!
La liste d’extrême droite, avec 7% des suffrages exprimés, ne remportait que 2 postes, soit 3,7% du nombre de sièges.
La liste de droite, avec 4,88% des suffrages exprimés n’obtenait aucun élu.
La liste Brottier arrivée en tête ne représente en fait que moins de 30% du nombre des électeurs inscrits…!
La même remarque qu’indiquée précédemment peut s’appliquer au scrutin de Poitiers qui voit la victoire d’une liste qui l’emporte largement avec une majorité relative inférieure à 48% des suffrages exprimés…!
3/ Grand-Poitiers-Communauté Urbaine (GPCU)
Suite aux élections municipales, le Conseil communautaire de GPCU a été mis en place avec l’installation des 88 conseillers communautaires représentant les 40 communes de la Communauté « rurbaine », proportionnellement à la population desdites communes, sachant que le nombre de représentants pouvait varier entre 1 conseiller communautaire pour les petites communes à 29 pour la commune centre de Poitiers.
Le Conseil communautaire ainsi constitué a élu, au cours de sa 1ère séance, le bureau communautaire, véritable organe de gouvernance, composé d’un Président et de 30 vice-présidents.
La ville de Poitiers étant représentée par plusieurs vice-présidents, près de la moitié des communes adhérentes ne sera pas représentée au sein du Bureau communautaire…
Au cours de cette séance, le maire de Poitiers, Anthony Brottier a été élu au poste de président de Grand-Poitiers qu’il cumule avec son poste de maire de la ville de Poitiers, à l’image de Claeys ( PS à Poitiers) et Alliot (RN à Perpignan)…
L’ancienne majorité sortante de gauche a été remplacée par une nouvelle majorité improbable orientée vers le centre-droit, « l’extrême-centre », voire encore plus à droite…!
D’autres éléments plus précis sur la gouvernance de GPCU devraient être fournis dans les semaines à venir…
Néanmoins, d’ores et déjà, on peut affirmer que la démocratie locale, au vu des éléments développés plus haut, semble loin d’être exemplaire, puisqu’un grand nombre de communes et la Communauté urbaine sont gouvernées par des « majorités minoritaires » qui resteront puissantes face à des oppositions réduites à leur plus simple expression…
Nos dirigeants et une grande partie de la classe politique française, n’auraient-ils pas des soucis avérés avec la démocratie et avec les mathématiques pour le calcul de la représentativité, d’autant plus que, pendant ce temps, la France continue de se droitiser, voire davantage, à tous les niveaux de la vie politique…!!! ?
Jean-Pierre BUJEAU, avril 2026.


