L’ affaire est d’importance puisque le ministre des armées, M. Sébastien Lecornu, est venu en personne à Poitiers, le 18 mars 24 pour faire l’annonce du mariage entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil. A la centrale de Civaux il s’agit désormais de produire le tritium indispensable à la fabrication de nos bombes atomiques de type H. Isotopes de l’hydrogène, le tritium et le deutérium y entrent en fusion pour produire la plus forte explosion que le génie humain a inventée à ce jour.

Une bombe H, comment ça marche?

Plus puissante et plus complexe qu’une bombe à fission nucléaire, dite « bombe A », une bombe H est divisée en deux étages :

  • le fonctionnement du premier étage est celui d’une bombe atomique à fission « classique » au plutonium ;
  • le deuxième étage est constitué des combustibles de fusion, les isotopes de l’hydrogène que sont le deutérium et le tritium ; c’est son fonctionnement qui constitue l’explosion thermonucléaire proprement dite.

Mais le tritium possède une demi-vie de 12,3 ans = il s’autodétruit de moitié tous les 12 ans. Celui qui est placé dans les bombes H doit donc être régulièrement « rechargé » si on veut que la bombe reste efficace et ne fasse pas pchiittt quand on appuie sur le bouton rouge !

On obtient du tritium en ionisant du lithium dans un réacteur nucléaire. Or les réacteurs qui assuraient cette tâche à Marcoule ont été arrêtés en 2009. Malgré les réserves de tritium réalisées pour constituer un stock, le moment est venu d’en fabriquer du neuf pour « entretenir » nos chères bombes H.

Pourquoi la centrale de Civaux est-elle l’heureuse élue ?

Parce que c’est la plus jeune, celle qui a la plus grande espérance de vie, et qui donc produira le maximum de tritium.

Comment va-t-elle s’y prendre ?

En introduisant un ou des (secret militaire…) tubes contenant des cartouches de lithium dans les trous initialement prévus pour recevoir des barres de contrôle au centre des assemblages de combustible. Le lithium sera donc bombardé d’ions issus de la fission de l’uranium contenu dans les assemblages et il produira du tritium qui restera enfermé dans les cartouches. Il suffira de sortir les cartouches des tubes, de les acheminer à Valduc en Côte d’Or (site de recherche et de production d’armes nucléaires) où le tritium sera récupéré pour les bombes H.

Cette production de tritium présente-t-elle des inconvénients, ou des dangers ?

-Aucun ! Clament à l’ unisson ministre et cadres d’EDF.

Pourtant, en y regardant de plus près :

  • on doit considérer qu’ aucun matériau n’est totalement étanche au tritium. Il y aura forcément des fuites qui s’ajouteront à celles du réacteur en fonctionnement civil. Pour autant, les autorisations de rejets ne seront pas modifiées parce qu’ elles ont été accordées avec une marge qui pourra absorber les fuites supplémentaires de tritium.
  • Les cartouches gavées de tritium seront donc « raisonnablement » étanches en situation normale, mais en situation accidentelle de fusion partielle, elles pourraient libérer leur gaz qui est autant explosif que l’hydrogène, ce qui ajoute un danger supplémentaire au fonctionnement des réacteurs.
  • La réaction chimique qui libère le tritium du lithium est d’une part exothermique (elle produit de la chaleur) et d’autre part neutrophage (elle absorbe de l’énergie neutronique). Ceci va rendre le contrôle du réacteur plus délicat. L’ASN nous dira si ces déséquilibres sont acceptables ou pas.

Toutes les informations ont-elles été fournies à ce stade du projet ?

Oui, sauf celles qui concernent le secret défense…En particulier on n’a pas à savoir :

  • La masse de de tritium contenue dans une cartouches.
  • Le nombre de cartouches placées dans un cœur de réacteur.
  • La durée de cette production de matière d’armement atomique.

A quoi servent vraiment les bombes atomiques ?

  • Pratiquement à rien. Inefficaces contre le terrorisme ou une attaque conventionnelle, elles sont comme une ligne Maginot. Et si on était contraint de les utiliser, ce serait l’apocalypse et la fin de l’humanité. Le risque d’escalade est si grand que la dissuasion est à double effet : on ne peut plus attaquer un autre pays doté d’armes atomiques. De plus, on croit qu’elles protègent la France alors que nos 18 centrales nucléaires « civiles » sont des cibles vulnérables et indéfendables contre des missiles conventionnels ou contre des drones qui pourraient provoquer des accidents majeurs de type Tchernobyl.

Le mot de la fin ?

L’ONU a déclaré que l’usage de la bombe atomique serait un crime contre l’humanité. Tous ceux qui la fabriquent sont donc complices de ce crime potentiel. Si un conflit nucléaire éclatait sur terre, pire qu’un crime, ce serait la fin de l’humanité.

Nous attendons avec impatience la sortie du nucléaire civil et militaire.

Si tu veux la paix, prépare la paix

Le 28/05/24, Jacques Terracher, membre de la CLI de Civaux.

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