La cuve EPR de Flamanville. La contribution de l’ACEVE

Par Jacques Terracher de l’ACEVE (Association pour la Cohérence Environnementale en ViennE)

Après de longues années d’enquête technique menées par AREVA et IRSN (Institut de Radioprotection et de Sécurité du Nucléaire)  , après les deux avis positifs donnés l’année dernière, ASN (Autorité de Sécurité du Nucléaire) s’apprête a donner son autorisation finale à la mise en service de la cuve de l’EPR de Flamanville. Le projet d’autorisation est conforme aux avis précédents : il est conditionné à un fonctionnement limité dans le temps (jusqu’en 2024 pour laisser aux forgeron japonnais le temps de le fabriquer) et il est assorti d’exigences de surveillance renforcée.

ASN a ouvert une consultation publique, comme elle l’avait fait pour les avis l’année dernière. On se souvient que l’avis définitif n’avait pas du tout tenu compte des 12 000 contributions qui avaient été déposée. On se demande ce qui pourrait obliger ASN à tenir compte des contributions déposées actuellement.

Toutefois, j’ai déposé une nouvelle contribution sur le site ASN en évoquant 7 raisons pour ne pas homologuer la cuve :

• les concentrations en carbone atteignent par endroits le double de la valeur normale.

• Ces excès se traduisent par une résilience (résistance aux chocs) insuffisante vis à vis de la réglementation.

• La ténacité (aptitude à résister à la rupture brutale d’une fissure) qui est jugée suffisante ne devrait pas masquer le défaut de résilience.

• La ténacité évaluée ne garantit pas la résistance à une rupture lente.

• Le projet d’autorisation ne tient pas compte du défaut de résilience.

• La qualité aléatoire des aciers fournis par la forge du Creusot laisse un doute sur la fiabilité des essais sacrificiels effectués sur des pièces réputées identiques à celle de la cuve de Flamanville.

• L’autorisation provisoire accordée jusqu’ en 2024 n’est pas compatible avec le principe d’exclusion de rupture que la cuve devrait assurer.

Conclusion

L’autorisation que prévoit de donner ASN repose sur une prise de risque inacceptable au regard des conséquences que pourrait avoir un accident majeur à Flamanville.

Jacques Terracher

Jacques Terracher / ACEVE (Association pour la Cohérence Environnementale en ViennE)

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Contribution déposée à ASN

EPR Consultation publique sur la cuve

Attendu que l’acier dont sont constitués le fond et le couvercle est de nuance 16MND5, la valeur nominale de sa concentration en carbone devrait être de 0,16%. Or les ségrégations de carbone montent cette concentration à 0,32%, loin au dessus des tolérances maximales, les pièces auraient dû être rebutées et ne pas être assemblées à la cuve.

Attendu que l’excès de carbone diminue la résilience (résistance aux chocs) de l’alliage, que celle-ci est mesurée à 36 J/cm² à 0° C alors que la réglementation demande qu’elle soit supérieure à 60, les pièces auraient dû être rebutées et ne pas être assemblées à la cuve.

Attendu que la ténacité (résistance à une propagation brutale d’une fissure) de l’acier jugée satisfaisante ne peut pas se substituer à la résilience parce que ce sont deux caractéristiques différentes, le défaut de résilience demeure prépondérant, et devrait interdire l’homologation de la cuve actuelle.

Attendu que la ténacité est jugée suffisante pour résister à une rupture brutale, mais que les études ne montrent pas son aptitude à résister à une rupture lente, le doute subsiste sur la validité de la ténacité. Une fissure peut évoluer lentement, jusqu’à provoquer une fuite importante sans rompre brutalement.

Attendu que le projet de décision de l’ ASN n’évoque pas le défaut de résilience, son argumentation passe à coté du défaut majeur de l’acier, ce qui lui ôte tout crédit et lui confère un caractère insincère. L’acier ne présente pas une résilience réglementaire, il devrait être refusé.

Attendu que la qualité de fabrication des aciers au Creusot était plus qu’ aléatoire, rien ne prouve que les essais sacrificiels sur lesquels reposent les études d’Areva (validées par IRSN) correspondent aux mêmes aciers que ceux de la cuve de Flamanville. Ils donnent une indication, mais pas la preuve de la solidité de l’acier : le doute subsiste.
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Attendu que l’autorisation pour le couvercle ne s’étend que jusqu’en 2024, il faut admettre que le principe d’exclusion de rupture n’est plus respecté. Cette impasse est inacceptable : la cuve ne doit pas être mise en service avec ce matériel.

Pour ces sept raisons la cuve ne devrait pas être mise en service dans son état actuel.

Jacques Terracher / ACEVE (Association pour la Cohérence Environnementale en ViennE)

Rédaction

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