Dans le cadre du Festival Bruits de Langues 2021, une exposition sera consacrée à l’artiste andalou Juan Kalvellido, également connu sous le nom artistique de JKAL.

L’exposition sera présentée à l’UFR Lettres et Langues du 1er au 5 mars, puis à la BU Sciences du 8 au 12 mars. En raison du contexte sanitaire, une version numérique est également proposée sur le site du festival Bruits de Langues.

JKAL viendra également à la rencontre « virtuelle » du public poitevin le mercredi 3 mars, à 18h30.

Composée d’une vingtaine de dessins, l’exposition revient (en français et en castillan) sur le parcours atypique de l’artiste et sur l’actualité espagnole et internationale des vingt dernières années.

Politisé, engagé, JKAL se considère comme un “artiviste” andalou, néologisme faisant référence à la volonté de transformation profonde de la société à travers des pratiques artistiques militantes. Le crayon, l’ironie, le sarcasme et le recours à une écriture non normée (qui reproduit à la fois l’accent andalou et remplace la lettre c par la lettre k, de punk, dans tous les textes) sont les armes de JKAL.

Dans ses dessins, il déconstruit les discours sociaux dominants et se moque de l’absurdité du quotidien pour mieux la combattre. Féminicides, guerres, amnésie historique, destructions environnementales ou politiques d’austérité font partie de ses thèmes récurrents.

JKAL a accepté de répondre à quelques questions pour web86.info

Question : Dans le cadre du Festival Bruits de Langues 2021 et du cours « satire graphique » de la licence LLCER Espagnol de l’université de Poitiers, une exposition présentant les dessins que vous avez publiés durant près de vingt ans dans la presse militante a été conçue. C’est la première fois qu’une rétrospective est consacrée à votre œuvre à l’étranger. Comment avez-vous réagi ? Êtes-vous satisfait du résultat ?

JKAL : En réalité, c’est la première fois qu’on me consacre une exposition qui représente tous mes styles et qui s’intéresse aussi à ma personnalité et à mon existence. Je suis très reconnaissant de toutes les marques d’attention des gens de l’université de Poitiers et j’espère que cela marquera le début d’une grande amitié… Il restera toujours Paris, comme dirait l’autre. Mais je suis enchanté et, en plus, on m’a fait cadeau d’une nouvelle webcam, c’est chouette !

Question : En trois mots, comment définiriez-vous votre style ?

JKAL : En deux mots : Politikement inkorrekt.

Question : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

JKAL : L’actualité, le passé, le futur, les commentaires que des gens dans la rue ou les boutiques, les contradictions humaines, la politique, le cinéma, les livres… Tout ce que je vois, entends ou ressens ❤.

Question : La semaine dernière, le rappeur catalan Pablo Hásel a été incarcéré en Espagne. Il avait été condamné en 2014, puis en 2018, à neuf mois de prison pour « apologie du terrorisme » et « outrage à la Couronne et aux institutions de l’État ». Dans ses chansons, il avait notamment rendu hommage au GRAPO* , et affirmé que la famille royale était corrompue. En tant que dessinateur satirique, que pensez-vous de cette incarcération ? Vous sentez-vous menacé ?

JKAL : Tous les dessins que j’ai réalisés en rapport avec l’affaire Hasél datent d’il y a trois ans ou plus. Ce qui m’énerve, c’est que, jusqu’à maintenant, beaucoup de gens n’ont rien fait pour soutenir Hasél… J’émets aussi cette critique à l’encontre des partis de gauche : ils n’ont rien fait pour éviter l’incarcération du rappeur.

Le fait est qu’en Espagne, les membres de la famille royale ne veulent pas qu’on dise qu’ils sont des délinquants, qu’ils nous volent** !

Personnellement, je ne me sens pas menacé, mais je suis très inquiet pour ma liberté d’expression.

Question : Parmi tous les dessins présentés dans le cadre de l’exposition, quel est celui qui vous plaît le plus ? Celui qui reflète le mieux votre personnalité ?

JKAL : Il y a des dessins très spéciaux, je ne sais pas pourquoi. Des dessins qui m’ont toujours accompagné dans toutes les expositions auxquelles j’ai participé. L’un d’eux correspond à l’enfant qui demande à son grand-père si c’est mal de détester, et le grand-père lui répond « détester qui ? ».

Propos recueillis et traduits par Ludivine Thouverez

* GRAPO : (Groupe de résistance antifasciste du premier octobre), organisation armée d’extrême gauche active dans les années 70 en Espagne

** Iñaki Urdangarin, beau-frère du roi actuel, a été condamné en 2018 à cinq ans de prison pour détournements de fonds publics ; l’ancien roi Juan Carlos, père de l’actuel roi, accusé d’enrichissement personnel suite à des contrats commerciaux signés avec l’Arabie Saoudite, a quitté l’Espagne en juillet 2020.

Rédaction

Une réflexion au sujet de “Un « artiviste » andalou à Poitiers. Un interview pour web86.info

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