De quoi le « job dating » version Rectorat est-il le nom ?

Fernand Léger, The Builders, 1920.

« L’Education nationale est une entreprise comme une autre, estime Viviane Desouhant, responsable de l’équipe entreprise à Pôle emploi en charge de l’événement. » Mais c’est bien tout le problème, ces petits mots pourtant lâchés avec autant de naturel et d’évidence que de constater le temps qu’il fait : concevoir l’école comme une « entreprise comme une autre », même pas au moins une « entreprise » un peu spéciale quand même. Tout aussi naturel que d’occuper un jour en pleine semaine du bac et autres types d’examens et concours importants cette séance de « Job dating » version Rectorat de Poitiers. Au même moment, pas très loin du campus, des admissibles au Capes d’espagnol venus de la France entière passaient leurs oraux d’admission au lycée Camille Guérin, la peur au ventre et les yeux pleins d’espoir à la perspective de décrocher le Graal du poste de prof (niveau 1 fonctionnaire stagiaire). Mais voilà, quel sens aurions-nous de vouloir devenir fonctionnaire si « L’Education nationale est une entreprise comme une autre »  ?

Des mots prononcés alors que, à échelle nationale, les mouvements sociaux de protestation contre la réforme du bac croisent dans les discours la souffrance du personnel hospitalier, comme cette professeure d’anglais dans un lycée à Bondy qui conclut ses inquiétudes sur l’avenir que lui laisse entrevoir la réforme : « On est assis sur une branche, on est en train de la scier, c’est comme pour l’hôpital public ».

Certes, le fantasme est ancien, d’une bonne décennie au moins. En 2003 déjà, un article du Monde diplomatique semblait répondre par anticipation à ces propos de 2019, avec son titre Comme si l’école était une entreprise… : « La notion même de « service public » fait l’objet d’un véritable détournement : l’école est conçue comme une agence de services, chargée de satisfaire « efficacement » des consommateurs faisant valoir leurs intérêts particuliers. »

Un filet de résistance pourtant pointé à l’époque dans le même article :

« Tout comme pour la santé ou pour la culture, il n’est cependant pas facile de convaincre l’opinion que les connaissances sont des marchandises comme les autres, susceptibles d’être achetées et vendues, qui plus est selon les règles ordinaires du commerce international. »

Quelle serait l’évolution de ladite opinion sur cette question de 2003 à aujourd’hui ? On peut toujours lui montrer qu’on ne sépare pas ces instances comme de simples grands noms de franchises : rappeler inlassablement comment l’éducation cache l’ombre du sort fait à la Culture, à l’hôpital public, aux trains…Tous les petits bouts du quotidien, en somme. 

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