Dans le cadre du colloque international « Après la crise : justice, institutions, médias. Quelle(s) mémoire(s) du conflit dans le monde contemporain ? », une rencontre littéraire aura lieu le vendredi 10 septembre, de 18h30 à 20h, à la Librairie « La Belle aventure ».

L’écrivain afghan Mahmud Nasimi et le poète iranien Mohammad Bamm, en résidence à la Villa Bloch de la ville de Poitiers (adhérente au réseau international des villes-refuges, qui œuvre à la protection des artistes ayant fui la répression dans leur pays), échangeront autour des questions de l’exil, de l’accueil en France, et de leurs conditions et projets d’écriture.

Mahmud Nasimi a accepté de répondre à quelques questions pour web86.info

Expliquez-nous quel est votre parcours.

J’ai quitté mon pays précipitamment en avril 2013 et je suis arrivé en Belgique en avril 2015. J’ai fait un voyage inhumain et inimaginable. J’ai passé deux ans à me déplacer en frôlant plusieurs fois la mort, en éprouvant de multiples souffrances, pour enfin atteindre la destination qui m’attendait en quittant ma patrie… En Belgique, j’ai rencontré Anabelle Rihoux et nous avons co-écrit De loin j’aperçois mon pays qui raconte mon périple migratoire, une traversée de l’enfer. 

En 2017, vous arrivez à Paris et connaissez la vie de demandeur d’asile et de sans domicile fixe. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Des centaines des souvenirs inoubliables, gravés à jamais dans ma mémoire. 

Passer des nuits blanches dans l’air glacial, des rues mêlées de peur et d’inquiétude, avec le corps fatigué, le cœur blessé…

Être victime de la violence…

Être considéré comme un mendiant ou un voleur…

Et puis la découverte du Cimetière du Père Lachaise qui a fait basculer ma vie.

Qu’avez-vous ressenti en poussant les portes de ce lieu ?

A mon entrée, j’étais fasciné par cet endroit merveilleux. Je n’aurais jamais pu imaginer un cimetière aussi beau, dans lequel chaque tombe était une source d’inspiration et le début d’une aventure. En marchant dans ses allées, un sentiment doux et paisible m’envahissait. Pas à pas, je me baignais dans un océan de lumière qui me donnait la force du pardon et de l’espérance…

Un jour, j’ai cru entendre une voix qui montait de ce jardin de fantômes et répondait à toutes mes questions. Un miracle était en train de produire, quelque chose de vraiment extraordinaire se passait en moi : cela mit fin à mon désespoir…

Dans Un Afghan à Paris, vous décrivez la souffrance morale des migrants et votre apprentissage de la langue française à travers la lecture des œuvres de Baudelaire, Balzac, Camus, Proust, etc. Depuis sa parution en avril 2021, votre livre a connu un grand succès et vous êtes retrouvé exposé dans les médias. Comment vivez-vous ce changement ?

Je suis content d’avoir réussi ce projet qui a changé le regard des gens à mon égard. Je me suis battu pendant trois ans pour obtenir le droit d’être Mahmud Nasimi. Avant, les gens me donnaient une autre identité : UN RÉFUGIÉ AFGHAN. 

Mais je souffre toujours de voir les réfugiés dans les rues, la misère dans les pays, la guerre dans le monde…

Quel regard portez-vous sur le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et le retour des Talibans au pouvoir, qui font craindre une nouvelle crise migratoire ?

Un regard brisé. J’ai le cœur en charpie quand je vois mon pays et mes compatriotes brûler dans la flamme de l’injustice. C’est une tragédie absolue mais la vie continue… il faut garder l’espoir. Je demande à tous mes compatriotes de prendre le stylo, d’être unis, d’avoir une solidarité nationale… Sinon nous serons toujours victimes de la guerre.

Je remercie aussi tous ces pays qui ont ouvert leurs portes, leurs bras pour accueillir un grand nombre d’Afghans, mais ce n’est pas la solution. Il faut réagir contre cette armée de ténèbres.

Propos recueillis par Ludivine Thouverez

Rédaction

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