Depuis le 10 mars dernier, et au moins jusqu’à la tenue des commissions disciplinaires qui se tiendront du 12 au 16 octobre prochains1, trois professeurs du lycée Desfontaines de Melle (79) sont suspendus de leurs fonctions à titre conservatoire (c’est-à-dire interdits d’exercer, et de tout contact avec toute personne en lien avec le lycée, mais avec maintien du traitement).

Comment en est-on arrivé là ?

J’ai enseigné pendant 9 ans dans cet établissement rural, paisible, doté d’une équipe enseignante particulièrement compétente et motivée, soucieuse de l’intérêt des élèves – à tel point que j’ai souvent râlé durant ces années devant le faible taux de mobilisation de mes collègues à l’occasion des différents mouvements nationaux de grève. Mon départ en 2018 a coïncidé avec la mise à feu de deux bombes à retardement :

1- le début de la mise en place de la réforme « Blanquer » des lycées ;

2- la nomination d’un nouveau proviseur, à la réputation sulfureuse en matière de relations humaines, qui obtenait là une promotion après avoir semé la zizanie dans le collège de Niort qu’il dirigeait précédemment, au point d’avoir provoqué le départ d’une grande partie de ses enseignants.

Dès la rentrée suivante – alors même que la réforme ne concernait que les classes de Seconde –, des tensions sont apparues, les conséquences néfastes de la réforme en matière de qualité de l’enseignement dispensé apparaissant sans doute de façon plus évidente dans le cadre d’un petit établissement isolé (cours surchargés avec hétérogénéité des niveaux et des motivations des élèves, emplois supprimés à terme ou partagés sur plusieurs établissements). Symbolique du sentiment de la perte de sens de leur métier, deux professeurs ayant environ la cinquantaine ont alors annoncé leur démission à venir (effective en 2020), et plusieurs autres m’ont confié y songer sérieusement… Point d’orgue de cette mobilisation : une grande majorité d’enseignants se sont mis en grève le jour du passage des épreuves de TPE2, les empêchant de se tenir !

Le ras-le-bol se stigmatise naturellement l’année suivante autour de l’organisation des premières épreuves anticipées du « nouveau » bac, dites E3C, dont le principe même remet en question le caractère national du diplôme, et conduit les élèves dès le début de 1° à un état d’esprit de bachotage et de stress permanent.

Qui plus est, l’organisation par l’administration de la première épreuve de langue, en janvier 2020, à Desfontaines, est tellement lamentable (des documents visuels diffusés dans certaines salles d’examen et pas dans d’autres, usage des téléphones portables non proscrit dans une autre!) qu’un grand nombre d’élèves, de parents et de professeurs se retrouvent à manifester devant le lycée pour tenter d’empêcher la tenue de la session suivante, le 3 février.

Ce jour-là, le lycée a été investi par les gendarmes ; les professeurs et les élèves non concernés par la session ont été interdits d’accès. S’ensuivent des invectives, quelques bousculades, des décisions aberrantes de la direction (élèves enfermés à clé dans les salles d’examen, portes coupe-feu et alarmes condamnées – le lycée est tout de même sur un site classé Seveso ! -, manifestants photographiés et filmés).

Pour situer le niveau de tension dans le lycée : au moment de ces faits, une douzaine d’enseignants (soit 20 % de l’effectif) sont en arrêt de maladie pour « burn out » !

Puis ce furent les différents rapports à charge montés de toute pièce, du proviseur, d’inspecteurs d’académie et de membres de l’Équipe Mobile Académique de Sécurité3 dépêchés sur place par la rectrice, débouchant sur les sanctions des trois collègues dont le seul « tort » particulier aura été d’être les porte-parole du mouvement dans les media : j’en veux pour preuve que la quatrième personne s’y étant exprimée, et qui n’avait pas été suspendue – à ma grande surprise -, vient d’être aussi convoquée devant la commission disciplinaire au mois d’octobre…

Quant au proviseur, je vous rassure : en arrêt de maladie fin mars, remplacé en mai, il a retrouvé un nouveau poste dès juin dans le même département… Un membre influent d’un des principaux syndicats de chefs d’établissement est intouchable !

Patrick JEAN le 22 septembre 2020

1Une manifestation nationale est prévue à cette occasion le lundi 12 octobre à 13 h devant le rectorat de Poitiers

2Travaux Personnels Encadrés : épreuve obligatoire du bac d’« avant », passée au cours de la classe de 1°

3Sorte de police spéciale affectée à chaque rectorat depuis 2009, dont j’ai appris l’existence à l’occasion

Pour en savoir plus sur les faits :

Un rassemblement intersyndical est prévu le 12 octobre à 13h00

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Tract-intersyndicale-Poitiers-20200923

Rédaction

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