Très difficile de relater les faits que j’ai vécus ce vendredi 7 février au matin devant le lycée Desfontaines de Melle (79). Difficile et douloureux, quand on sait que ma dernière venue sur ces lieux fut pour mon départ à la retraite dans la joie et la bonne humeur, il y a à peine un an et demi, après y avoir enseigné pendant 9 ans dans un environnement on ne peut plus agréable à tous égards…

Mais Macron et Blanquer, avec leur réforme, leur arrogance et leur intransigeance délétères, sont passés par là (aussi) depuis ! Et aussi un nouveau chef d’établissement à la réputation sulfureuse en matière de relations (in)humaines…

Alerté par l’appel “au secours” lancé sur les réseaux sociaux par les enseignants du lycée suite aux graves incidents survenus lundi à l’occasion d’une action de tentative de blocage d’une épreuve d’E3C, et après m’être informé plus précisément auprès d’ex-collègues – dont 11 sont actuellement en arrêt de maladie pour “burn out” -, je me suis rendu ce matin au lycée pour leur apporter mon soutien en ce jour où le proviseur avait décidé avant-hier de faire passer d’une seule traite toutes les épreuves d’E3C prévues sur cette période, en excluant du lycée tous les professeurs ainsi que tous les élèves non concernés – c’est-à-dire autres que les 1° -.

Quelle émotion en arrivant devant l’entrée principale vers 7 h 30 de découvrir dans l’obscurité et dans un silence absolu tous mes anciens collègues alignés à genoux, un bâillon sur la bouche !

Pacifiquement, laissant libre le passage aux élèves arrivant en car ou accompagnés par leurs parents, beaucoup les larmes aux yeux – on n’allait pas tarder d’ailleurs à voir arriver deux ambulances des pompiers venues prendre en charge ceux qui venaient de faire un malaise -, “accueillis” et contrôlés par des membres de l’Equipe de Sécurité du Rectorat, les gendarmes et membres de la brigade anti-je-ne-sais-quoi armés jusqu’aux dents ayant investi toutes les cours de l’établissement… Dois-je rappeler à ce stade que M. Blanquer qualifie ce genre de situation d’”action pour veiller à ce que les élèves puissent passer leurs épreuves dans les meilleures conditions de sérénité”?!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Au bout d’un moment, un groupe d’élèves restés devant le lycée prennent la décision de refuser d’entrer dans ces conditions, déposent leurs convocations au sol, enfilent un masque et rejoignent leurs professeurs à genoux… 43 convocations sont ainsi déposées ! Quel courage, sachant que dans ce cas de figure une note de “0” pour l’ensemble des épreuves a été annoncée par le proviseur à eux et à leur famille !!!

Jusque-là, l’ambiance, quoique très tendue émotionnellement – je n’oublierai pas ces poignées de mains et étreintes chaleureuses avec mes ancien(ne) collègues, en particulier avec celle-ci, convoquée aujourd’hui pour les surveillances et s’étant déclarée gréviste, venant fondre en larmes dans mes bras – était restée tout à fait calme, sans aucun contact avec les forces de l’ordre… Bien sûr un sbire des Renseignements Généraux (probablement) faisait de la provocation en prenant des photos planqué à l’intérieur de l’escalier de l’issue de secours – dont un carreau du vitrage semble avoir été retiré au préalable à cet effet ! -. Mais bon…

Jusqu’à ce que – juste avant l’annonce de la dispersion – une sono portable soit mise en marche vers 9 h pour recueillir les messages (filmés par la police) de remerciement des enseignants et de soutien des diverses organisations présentes ; à la fin de ceux-ci, un jeune homme, visiblement très ému, déclare au micro (en substance) : “Je suis un ancien élève du lycée Desfontaines, que j’ai quitté il y a deux ans, et je suis outré de voir ce qu’il se passe !”

Il n’en a pas fallu plus pour qu’au moment où tout le monde avait commencé à s’égailler – quelques instants plus tard -, on entende une cavalcade dans la rue bordant le lycée et qu’on voie ce jeune homme fuir en courant et plusieurs personnes bousculées par des flics bondissant dans tous les sens – une dame par exemple s’est fait renverser et arracher une boucle d’oreille -.

J’ai immédiatement accosté le lieutenant de la brigade de gendarmerie locale, lui demandant de calmer le jeu, mais il m’a – courtoisement – fait observer que ce jeune homme “devait être interpellé suite à ses propos”. Visiblement il n’était pas maître du “jeu”, les ordres venant des forces de l’ordre extérieures au secteur… Sur ces entrefaites, le jeune homme avait été arrêté une centaine de mètres plus loin, heureusement et courageusement protégé par une ex-collègue . Après un échange verbal serré entre manifestants et policiers, il a été relâché, mais n’échappera pas je pense à une convocation ultérieure suivie d’une condamnation pour “outrage aux forces de l’ordre”, compte tenu de l’air (exécrable) ambiant…

Pour finir… l’absence totale du proviseur, qui n’a pas montré le bout de son nez durant ces deux heures, pas même pour accueillir et tenter de rassurer les élèves, a été relevée par tous comme déplorable, et symptomatique de l’attitude de l’administration à tous ses échelons depuis que MM, Macron et Blanquer sont aux affaires…

Patrick Jean

Je relaie un appel à l’aide de mes ex-collègues du lycée de Melle

Melle, le 3 février 2020
A tous les collègues et camarades de lutte des Deux Sèvres,
aujourd’hui, des événements graves se sont passés au lycée Desfontaines. Des professeurs, élèves et parents d’élèves se sont une nouvelle fois mobilisés pour que les épreuves des E3C n’aient pas lieu. Nous avons, tous ensemble, formé une chaîne humaine dès 7h15 afin d’empêcher la mise en place de ces examens. Les agents de sécurité du rectorat, la gendarmerie et la brigade anti-délinquance sont tout de suite arrivés sur les lieux afin de casser le mouvement. Des professeurs, des élèves et des parents d’élèves se sont fait bousculer par les forces de l’ordre car les directives du ministère et des différents rectorats sont claires : les E3C doivent avoir lieu, quoi qu’il en coûte ! Des menaces ont été proférées par le Proviseur à l’encontre des élèves ne souhaitant pas composer : ils s’exposaient à des sanctions (qu’il n’a pas précisées sur l’instant) mais surtout ils risquaient de se voir attribuer la note de 0.
Face à de telles menaces, de nombreux élèves ont fini par se résoudre à monter dans les salles d’examen, mais de nombreux élèves ont tenu bon avec nous devant le lycée. La situation a fini par dégénérer lorsque nous avons appris que le troisième étage (ou se déroulait les examens) avait été entièrement condamné. Les élèves participant aux épreuves étaient même fermés à clef dans les salles où ils composaient, n’ayant alors aucun moyen de se raviser et de sortir. Une élève à fait une crise d’épilepsie pendant l’épreuve, elle n’a même pas été évacuée et les autres élèves, témoin de sa crise, ont du poursuivre l’examen comme si de rien n’était… Même chose pour une élève prise d’une crise d’angoisse en plein milieu d’une épreuve. Les alarmes incendies ont été déclenchées un peu partout dans l’établissement, mais l’alarme sonore avait été coupée. Le personnel de l’établissement a tenté d’évacuer les élèves des deux premiers étages en raison d’un risque d’incendie, comme l’exige la procédure ; en revanche, le troisième étage est resté barricadé (certaines portes ayant été condamnées par des chaînes antivol par l’administration de l’établissement et par les équipes du rectorat) au mépris de la sécurité des élèves. De plus, des élèves ont été violentés : le Proviseur de notre établissement a volontairement claqué une porte sur la main d’un élève qui s’en sort avec deux ongles blessés, vraisemblablement cassés. Deux autres élèves ont été violemment bousculés et plaqués au mur par un membre de l’administration.
CA SUFFIT !!!! En 15 jours, pas moins de neuf de nos collègues ont été contraints de se faire arrêter en raison de la pression qu’ils subissent au travail. A présent, notre ministère durcit sa politique de répression : la police a désormais droit de cité dans les lycées, les équipes du rectorat filment les enseignants et les élèves contestataires… Nous ne pouvons tolérer une telle dérive autoritaire !!
A Melle nous sommes à bout… Jusqu’ici nous avons tenus mais nous n’avons plus de force. Jusqu’où iront-ils la prochaine fois ? Nous avons besoin de votre aide parce qu’ici comme ailleurs, le gouvernement passe en force et tente de broyer tous ceux qui osent se dresser face à lui. Dans le département, nous sommes les derniers à résister mais sans votre aide, nous allons finir par céder ; nos rangs s’amenuisent, les collègues sont fatigués, à bout de force…Certes, il s’agit ici de la réforme du Bac, mais notre lutte n’est pas différente de celle de nos camarades cheminots, du personnel hospitalier et tous ceux encore qui luttent contre la violence de ce gouvernement qui décidément ne recule devant rien. C’est pourquoi nous avons besoin de vous tous, jeudi, pour faire nombre avec nous et ne pas laisser les prochaines épreuves se dérouler. Qui sait jusqu’où ils vont aller la prochaine fois ?
Nous ne pouvons pas les laisser faire, cela reviendrait à s’avouer vaincus et reconnaître ainsi que nous nous sommes battus pour rien… Il est temps de faire converger nos luttes, car au fond nous nous battons pour une seule et même chose : la défense du service public et de nos acquis sociaux ! C’est pourquoi nous vous invitons toutes et tous à venir manifester devant le lycée Desfontaines à Melle dès 7h30 ce jeudi 6 février, jour de grève nationale.
Vous l’avez bien compris, il s’agit ici d’un appel à l’aide : nous avons cruellement besoin de vous !
Les enseignants mobilisés du lycée Desfontaines.

Reportage FR3 (soft) :

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/deux-sevres/niort/manifestation-devant-lycee-melle-protester-contre-reforme-du-bac-1782685.html

Christian Haffner

Une réflexion au sujet de “Melle, Lycée Desfontaines 7 février 2020 : Témoignage

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