Ce 28 septembre, les psychologues étaient en grève. Ça n’est pas souvent qu’on les voit descendre dans la rue collectivement, c’est pourtant la deuxième fois cette année : il y avait déjà eu une manifestation le 10 juin.

La faute aux annonces gouvernementales concernant le remboursement des séances de psychologie.

Pourtant, cette possibilité d’une prise en charge du suivi psychologique par l’État, cela fait longtemps que nous l’attendons, que nous la réclamons. Que nos patients et nos patientes en ont besoin.

Les CMP, Centres Médico-Psychologiques qui sont des centres de consultations dépendant de l’hôpital psychiatrique, sont complètement saturés. Il en existe pour les adultes, pour les enfants et adolescents, et même pour les tout-petits et leur famille. Pour bénéficier ne serait-ce que d’un premier entretien, la liste d’attente est très longue, pour les enfants surtout. Hors du temps psychique en tout cas, puisque lorsqu’un mal-être s’installe, que les symptômes deviennent trop envahissants, c’est sur le moment que l’on a besoin d’aller « parler » à quelqu’un.

« J’ai appelé le CMP mais il y a un an d’attente ! », me disait une mère qui me contactait pour son fils dont les symptômes anxieux l’inquiètent, « Ça devient trop urgent maintenant ». Une collègue me racontait qu’une de ses patientes s’est entendue dire au CMP, alors qu’elle venait pour faire suivre son enfant dont les symptômes sont inquiétants, qu’elle ne « gérait pas trop mal » et que pour cela elle devait s’adresser en libéral.

Mais qui soigne-t-on dans les CMP si on ne peut accueillir les familles en détresse devant le mal-être de leur enfant ? Peut-on encore soigner en CMP dans les conditions allouées, voilà une autre question…

Je suis psychologue clinicienne en cabinet libéral,

et j’étais en grève hier

Le métier de psychologues est engageant, puisque nous accueillons des personnes en souffrance. C’est pourquoi nous tenons à garder la liberté d’adapter le temps des séances, les 30 minutes annoncées ne sont pas suffisantes pour laisser la parole se déployer.

Avant les annonces d’hier soir, le ministère de la santé préconisait un « forfait » de 10 séances de 30 minutes remboursées à hauteur de 22€, accessible seulement sur prescription médicale. Une fois les 10 séances écoulées, il fallait retourner voir son-sa médecin traitant, qui renvoyait à une évaluation vers un-e psychiatre pour un nouveau forfait de 10 séances.

Un « parcours » qui complique l’accès aux séances de psychologie, et qui met sous tutelle médicale notre profession. « Moi je n’ai pas envie de me confier à mon médecin traitant, je vois bien qu’il n’a pas le temps de m’écouter », disait une passante. Avec un tarif indécent, sans possibilité de dépassement d’honoraire, ne tenant pas compte des charges liées à toute activité indépendante, les psychologues seraient débordés de travail pour une moindre rémunération. Si l’objectif réel était de faciliter la mise en place de soins psychiques de façon égalitaire, l’ambition la plus logique serait de renforcer les équipes de psychiatrie et du médico-social en allouant les moyens humains nécessaires, en embauchant massivement des psychologues notamment.

Les psychologues veulent donc se battre pour pouvoir offrir des soins psychiques de qualité, et c’est la place de la mairie de Poitiers qu’ils et elles ont choisi pour interpeller le public hier.

Plusieurs témoignages sont ressortis, lorsque l’on interroge le public sur le métier de psychologue : « la parole, elle vient pas comme ça, spontanément », ou bien « j’ai pété un câble pendant les confinements. Les psycho, c’est indispensable ». Deux adolescentes notamment se sont exprimé sur l’importance de préserver l’accès libre et direct aux psychologues : « Si nous, à l’intérieur de nous on ressent le besoin de parler à quelqu’un, c’est pour une bonne raison », « Si le médecin déclare que je ne suis pas apte à aller voir un psychologue, ça peut déchirer encore plus ».

La manifestation s’est poursuivie sur le parvis du CHU l’après-midi. La majorité des manifestant-e-s étaient des psychologues salarié-e-s, exprimant leur ras-le-bol devant le mépris des autorités qui n’augmentent pas les moyens humains devant l’explosion des besoins.

Le soir, Macron

Le soir, Emmanuel Macron annonçait une prise en charge de 8 séances de psychologie à 30€ (40€ pour la première séance), toujours sous prescription médicale, sans indication de durée. Nous en sommes donc au même point quasiment. Diverses organisations comme le mouvement #ManifestePsy, et la Fédération Française des Psychologues Psychothérapeutes préconisent le boycott du dispositif dans lequel les psychologues devraient s’inscrire pour permettre le remboursement.

Devant l’ubérisation annoncée des soins psychiques, nous avons de quoi ne pas être « totalement ravis », en effet ! Ce discours risque de cliver la population et de renforcer les incompréhensions envers la profession. Encore une fois, les psychologues sont massivement pour le remboursement. Mais ils et elles ne se laisseront pas mépriser ainsi.

Devant une telle annonce dont l’impact médiatique est large, bon nombre de personnes désireuses de bénéficier d’un remboursement de leur suivi psychologique vont être déçues, et bon nombre de psychologues vont devoir expliquer les raisons de leur boycott. Nous prendrons le temps nécessaire.

Claire Trossais

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