Un témoignage sur les gilets jaunes à Poitiers les 11 et 12 janvier


Témoignage écrit le samedi 12 janvier au soir :

A en croire la radio, il ne s’est rien passé – sous entendu : Macron et les siens ont réussi à calmer le jeu… tu parles ! pour eux c’est facile puisque les agressions viennent essentiellement de leur côté !

La réalité vécue sur le terrain est différente : je te raconte :

Hier, vendredi 11 janvier, avec Ivan, nous sommes allés à  une AG des gilets jaunes à l’auberge de jeunesse.

La salle est trop petite : on est debout et serrés. Des têtes connues et beaucoup de visages vus pour la première fois. L’ambiance est amicale. Quand on a quelque chose à dire, on monte sur une chaise pour être repéré, tout le monde écoute. Les arguments se répondent, dans le même sens ou de sens opposé.  On tient compte de la situation locale ( le conflit de la Poste au centre de tri de Migné-Auxances) et des échos venus de toute la France. L’unanimité est faite autour du rôle néfaste de Macron tout en rappelant qu’il ne fait qu’obéir à de plus puissants que lui. Je dis 2 mots des « Cahiers de Prévenances », plus décisionnels que les « Cahiers de Doléances » adressés au roi en 1789, juste avant la révolution. À la descente de la chaise, une jeune me dit en souriant : « vous avez été prof ? » eh oui ! Diversifions les approches vers un même but !

Tout cela est décousu ? – le réel est décousu mais l’intelligence collective recoud vaillamment les morceaux !

Dès le lendemain, Pascal Canaud raconte que ce matin, des Gilets Jaunes ont été agressés par la police en allant d’Auchan à Blossac. :https://web86.info/gilets-jaunes-poitiers-manifestation-ce-matin-et-repression-disproportionnee/ : « De (longue) mémoire de manifestant , je n’ai jamais vu à Poitiers un dispositif policier aussi impressionnant au contact des manifestant-es. »

Et cet après midi, toujours avec Ivan, nous sommes allés au rond point d’Auchan. Nous étions deux ou trois centaines de manifestants par petits groupes, contents de faire connaissance ou de se retrouver après de lointaines et mémorables tentatives d’édification d’un monde meilleur…

Contraste frappant avec le déploiement en lignes serrées sur les crêtes environnantes, d’uniformes noirs casqués, boucliéralisés, les uns armés de matraques en acier, d’autres prêts à lancer des flash balls ou des gaz lacrymogènes… contre notre petite foule PACIFIQUE ! La disproportion des forces de l’ « ordre » (?) mobilisées est flagrante : un tel gâchis ne peut pas durer !

Et que veulent-ils ? Ils se déploient autour du centre commercial et tandis que nous continuons à échanger par petits groupes, ils se rapprochent. Puisqu’ils sont à côté de nous, on entame la conversation, on leur demande comment ils conçoivent les rapports humains. Il reste des parts de tourteau fromager mais ils refusent. Ivan dit « vous êtes là pourquoi ? Pour nous soumettre à un régime qui nous écrase et vous écrase aussi ? » et le policier répond : « le système que vous voulez imposer n’est pas meilleur ». Il y a là une clé.

Nous voulons reprendre et mieux appliquer les programmes « liberté, égalité, fraternité » mais eux n’imaginent RIEN en dehors des rapports de domination actuels. Leur seul repère : être du bon côté de la matraque. La majorité des bourgeois, sous perfusion des médias dominants, n’ont pas plus de liberté d’imagination et c’est ça le drame !

Voilà qu’ils  accentuent leur convergence. Quand ils nous estiment assez  regroupés, ils envoient une « première sommation ! » Mais ça veut dire quoi ? Nous ne savons même pas ce qu’on est sommé de faire ou ne pas faire ! On doit se disperser après avoir été regroupés par eux ? mais se disperser OÙ puisqu’ils nous empêchent de passer ?

Un policier dit à Benoît « mais non on n’est pas là pour vous bombarder »… et aussitôt les grenades fusent, au dessus de nous, derrière, sur les côtés. Je suis prise à la gorge, aveuglée, je trébuche sur une branche… Des jeunes me donnent de l’eau et des gouttes de sérum pour les yeux…

Avec Ivan et Fred, nous réussissons à rejoindre le parking du centre commercial et, à l’abri du culte de la consommation, nous pouvons retrouver la voiture et rentrer à la maison. Mais au loin nous voyons des fumées blanches pareilles à celle qui me fait encore tousser…

Nous, nous savons, même si c’est confusément, vers quoi nous allons, le grand mystère c’est : « Mais eux, les hommes et femmes en noir, et, derrière eux, ceux qui leur donnent l’ordre de nous blesser et ceux qui les approuvent devant leur télé, QUE VEULENT-ILS ? » –  la réponse c’est : « RIEN ! » Juste contempler l’effondrement de la biodiversité et être dans les derniers à disparaître, avec la satisfaction mauvaise d’être les vainqueurs.

Pitoyables vainqueurs !

Françoise Chanial

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