… les feuilles de bilan de mandat des député.es de la Vienne aussi.

Ces dernières semaines, nos boîtes à lettres se sont remplies de documents pré-électoraux (ça sent fort les prochaines élections) en forme de bilan de mandat des député.es de la majorité présidentielle. En effet, S. Houlier (le « Harry Potter de la Vienne » !), F. Ballet-Blu et N. Turquois font dans la surenchère du côté de la com. Document grand format avec force chiffres, pourcentages et photos (des élu.es concerné.es)

Et alors là, tout va bien, c’est for-mi-da-ble ! De l’argent, en veux-tu , en voilà ! Des moyens partout, pour tout le monde, ça ruisselle de toute part !

Mais ça, c’est de la propagande, de la poudre aux yeux. Deux exemples de cette mystification :

JUSTICE : dans les trois « bilans de mandat » le même chiffre, 33 % d’augmentation du budget de la justice en 4 ans (S. Houlier considère même que c’est his-to-ri-que). A la lecture du Monde du 25 novembre et de la Nouvelle République du 26 novembre, c’est nettement moins rose, pour ne pas dire noir.

Fait historique (celui-là pour de vrai) plus de 3 300 magistrats et greffiers du pays dont une bonne vingtaine à Poitiers, soit plus d’un tiers de ces professions ont co-signé et en deux jours seulement une tribune dans Le Monde du 23 novembre. Elle dénonce « l‘approche gestionnaire de la justice », « des injonctions d’aller toujours plus vite et de faire du chiffre » ou encore « L’importante discordance entre notre volonté de rendre une justice de qualité et la réalité de notre quotidien fait perdre le sens à notre métier et crée une grande souffrance. » C’est pas clair là ?

Pourquoi maintenant ? Un mouvement de fond agite le milieu de la justice à la suite du suicide le 23 août de Charlotte G. une jeune juge de 29 ans baladée de tribunaux en tribunaux dans le Nord et le Pas de Calais. Débordée qu’elle était par la charge de travail, « l’abattage » auquel elle était soumise dans la conduite de son travail et de ses dossiers, au quotidien.

Les postes créés dont se gargarisent nos 3 élu.es de la Vienne dans un même élan ? Des contractuels qui ne sont pas habilités à rendre la justice et à se rendre aux audiences.

Le chiffre qu’il faut noter par contre, c’est bien l’état du recrutement pour l’Ecole Nationale de la Magistrature, 235 postes ouverts au concours pour les promotions 2021 contre 350 en 2018,… cherchez l’erreur. Ne parlons pas des sommes consacrées en France au système judiciaire : c’est près du double en Allemagne… (69,50 € par habitant contre 131 €)

SANTE :

Pour la santé, les chiffres ? C’est presque pire ! Et 19 milliards par ci et 15 000 nouveaux professionnels par là : c’est sans précédent comme l’affirme « le député des oubliés du Ségur » ! N’en jetez plus, l’hôpital est plein ! Mêmes annonces pour les trois élu.es, dans un même élan.

Et pourtant, la réalité des chiffres est bien différente : en 2020, 5 758 lits d’hôpitaux ont été fermés, après 3 408 en 2019 et 4 195 en 2018 (Panorama annuel de la DREES). Pas grave nous dit-on puisque l’hospitalisation à domicile, « l’hospitalisation de jour » et « l’ambulatoire » prennent le relai ! Le tout sous la « contrainte des réductions de personnel ». Et vive les heures supplémentaires et les échanges de personnel entre services.

Mais c’est bien plus pervers que cela : combien de lits officiellement non fermés (pour cause de manque de personnel) sont gardés « sous le coude » pour éviter qu’ils ne le soient définitivement en attente donc de personnel pour les faire fonctionner ? La crise du Covid a même amplifié la disparition des lits avec les manques criants de soignants ! Combien de démissions d’infirmiers et d’infirmières depuis 5 ans qui s’accélèrent depuis 2019 ? Combien de départ de médecins hospitaliers ? d’aides-soignant.es ? Combien de services fermés, d’abord provisoirement puis en catimini, totalement ? L’exemple local de la fermeture du service de cardiologie de l’hôpital de Châtellerault est éclairant (rappel sur web86 : https://web86.info/le-demantelement-du-service-public-saccelere/) Comment règle t-on le problème d’un service intermittent ? Grâce aux vacataires sur contrats courts sans beaucoup de chance d’être titularisés un jour ! Poitiers-Loudun par la N147, un vrai bonheur à faire quotidiennement.

« Novlangue » macronienne, ça se traduit dans la propagande de nos député.es par les expressions « lits à la demande » , « télé-soin » ou « télémédecine » et autre « expérimentations » (regroupement de structures avec les fusions d’hôpitaux).

Et on pourrait continuer longtemps avec l’Education, la « transition écologique » , … : l’alignement de chiffres, de pourcentages, de statistiques et d’adjectifs pompeux sont bien dérisoires face à la réalité. Mais ça, ce n’est pas le problème de nos député.es déjà tourné.es vers une réélection… illusoire ?

D. Leblanc

Dom

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